
Un projet d’insertion socio-économique en Haïti ça signifie quoi ? J’aime bien dire que mon rôle ici consiste à trouver du travail à des personnes en situation de handicap dans un pays où il n’y a pas de travail. Parce que la réalité haïtienne c’est bien cela : un pays et des habitants à genoux, auquel le séisme a pris le peu qu’ils avaient pu construire. Et un marasme économique effrayant où la plupart se débrouillent tant bien que mal pour survivre. « Pa gen travail » (aucun travail). Et pour survivre, être capable d’offrir au moins un repas par jour à ses enfants, on est prêt à beaucoup de sacrifices. Le plus fréquemment, on développe un petit commerce, on vend tout et rien… Et pour vendre, ce sont des journées interminables qui commencent au lever du jour et s’étendent souvent jusqu’au milieu de la nuit. Tant qu’on n’a pas vendu un minimum, on ne rentre pas, même sous une pluie battante on résiste. La misère ronge port au prince. C’est incroyable, saisissant et très vite on accepte l’inacceptable comme une réalité quotidienne qui s’étale sous nos yeux, chaque jour. Aucune solution immédiate. Et devant une telle étendue implacable de misère et de destructions, nos deux mains semblent bien impuissantes.
Et puis, au milieu de tout ça, des hommes, des femmes, qui se battent pour que de ce chaos sorte quelque chose. Ce sont d’abord les regards, les personnes que l’on remarque. Leur détermination. Les Haïtiens sont très courageux. C’est toujours cette même phrase qui me revient à l’esprit tant de fois par jour. Ils méritent que nous soyons là, à leurs côtés. Pour les aider, ou plutôt leur donner le « petit coup de pouce » grâce auxquels ils s’en sortiront. Un jour ils seront suffisamment nombreux pour que cela change vraiment quelque chose. C’est en tout cas là que démarre mon travail.
La plupart de nos bénéficiaires sont d’anciens patients de l’hôpital de Sarthe où HIB assure la prise en charge de patients, entre autres de nombreuses personnes amputées suite au séisme. L’équipe kiné et ergo y fait d’ailleurs un travail formidable sans lequel il serait si difficile pour nous d’intervenir ensuite auprès de ces mêmes personnes ! On leur permet d’accomplir un processus de réadaptation physique de qualité, et en bout de chaîne, nous les accompagnons dans l’intégration de leur vie professionnelle : accès à une formation, un emploi, une activité génératrice de revenu, en fonction de ce qu’ils savent, de ce qu’ils veulent et peuvent faire. A cette fin, 2 agents communautaires, un conseiller en micro-projet, l’assistant du projet (ici en photo) et une ergothérapeute, travaillent de concert avec les bénéficiaires et les accompagnent dans le démarrage de leur activité.
Les personnes en situation de handicap souffrent d’une stigmatisation relativement lourde, une déconsidération assez incroyable. Avec Handicap International, nous travaillons à changer cela, grâce à une équipe nationale en or, tous survivants du séisme. Ils travaillent sans relâche, avec un investissement rare. Après notre départ, ils seront là et eux aussi continueront d’œuvrer pour que les Haïtiens aient le destin qu’ils méritent.
Gustave, Augustin, Amandine, Dudley et Jean-Paul
L'équipe du projet d'insertion socio-économique