
Deux jours viennent de passer, à apprendre à se connaître, à « apprivoiser » le handicap de l’autre, à décoder certains comportements différents d’une culture à l’autre… Entre plusieurs visites de « courtoisie » auprès d’autres ONG actives dans le domaine du handicap et auprès de la Direction des Personnes Handicapées (DPH) du Ministère de l’Action Sociale, nous découvrons la ville : vendeurs ambulants, maquis ambiance zouk local, personnes handicapées qui mendient aux carrefours, motos-taxis à profusion, etc.
Vendredi soir, Razak nous convie à une soirée surprise, alors que nous faisons route vers chez lui. Là, dans la cour, musiciens et danseurs de Tibi s’échauffent, pendant que nous nous attendons, curieux, assis sur le fauteuil dans la chambre de Razak.
Après une demi-heure, les artistes, Razak et nous sortons de la maison, traversons la rue pour rejoindre la ruelle devant le siège de Tibi, bloquée spécialement pour l’occasion.
Le spectacle commence : place aux « Mentolatin », groupe d’enfants de Tibi animé par Wisdom, qui se déchaînent sur une comédie musicale aux sons de rock, de reggae ou encore de zouk. Après ce moment énergique et rocambolesque, place au groupe de danseurs et musiciens de Tibi, détenteurs des traditions de la région de Bafilo, d’où est originaire Razak. A ses débuts en effet, l’association Tibi – qui veut d’ailleurs dire « héritage » en langue kotokoli - avait pour objectif de faire connaître et valoriser les traditions de Bafilo, jusqu’au jour de l’accident de Razak à moto. Ce n’est que plus tard que le handicap sera intégré comme thématique dans les missions de Tibi. Le spectacle est impressionnant, nous sommes bouche bée dès le début. Et cet élan ne fait que commencer. Après une heure de « transe », place aux épreuves variées comme l’avalement de lames de rasoir, de verres enflammés, le cassage à la main de moellons de pierre, etc. Autant d’exercices permettant aux hommes de Bafilo de montrer leur puissance démesurée.
Amputé d’une jambe, Alewa monte ensuite sur scène, avec ses béquilles qu’il abandonnera vite. Pour se mettre à danser de tout le corps et chanter « handicapés, courage ! », les bras levés vers le ciel. Il compose ses propres chansons, fait sortir sa rage et inviter tout le monde à « être ensemble ». Plusieurs spectateurs se mettent alors en mouvement, nous aussi… Soirée inoubliable, merci Tibi !