Heureusement, il est rassurant de constater que, malgré cette crise, Handicap International a gardé le cap au milieu de cette tempête et a été capable de continuer à mettre en oeuvre ses projets. Ceci est le résultat d'un travail de fond entamé il y a trois ans, que ce soit pour avoir une visibilité financière accrue ou définir notre stratégie opérationnelle. Handicap International a en effet beaucoup évolué. Dans le passé, l'organisation s'orientait clairement vers des spécialités directement liées au traitement du handicap, comme la kinésithérapie et l'orthopédie. Un changement s'est amorcé il y a quelques années, vers une approche plus globale et plus transversale, ainsi que vers une plus grande diversification des actions. Nous devons maintenant assurer un équilibre entre l’aide directe aux personnes handicapées et cette approche plus sociale afin de couvrir l’ensemble des besoins des bénéficiaires de nos actions, sans cesser d’accorder une attention particulière à la prévention du handicap.
L'année 2009 aura été pour beaucoup de programmes une année de concrétisation des actions planifiées en 2008. C'est notamment le cas en R.D. Congo, où le projet de santématernelle et infantile a pris toute son ampleur et est devenu l'un de nos projets phares à Kinshasa, avant d'être reproduit dans d'autres provinces du pays dans les années à venir.
Le même, en ce qui concerne nos actions d’urgence, après une année 2008 durant laquelle nous étions intervenus lors du séisme au Sichuan, au Myanmar et à Cuba après le passage de cyclones, 2009 aura été une année de stabilisation. Notre projet en Chine est maintenant entré dans une phase de post-urgence, tandis que nos actions pour les personnes handicapées victimes de ces catastrophes naturelles ont vu leur conclusion au Myanmar et à Cuba. C'est avec beaucoup de satisfaction que nous avons vu en 2009 la question de la sécurité routière revenir au coeur des préoccupations de nombreuses instances internationales comme les Nations unies.
Depuis près de 10 ans, Handicap International est quasiment la seule organisation non gouvernementale internationale active dans la prévention des accidents de la route. Nous obtenons des résultats concrets dans nos projets au Vietnam, au Cambodge et au Laos. Mais malgré des progrès encourageants dans ces pays, le problème de la sécurité routière reste une question de santé publique préoccupante. Une conférence internationale sur la sécurité routière organisée par les Nations unies s’est déroulée à Moscou en novembre 2009. Handicap International a été invité à y prendre la parole pour faire part de son expérience de terrain.
Cette conférence devrait déboucher sur un traité pour mettre un frein à l’insécurité sur les routes. Les accidents de la circulation restent en effet l'une des causes majeures de décès et de handicap dans les pays en développement. Un problème que nous constatons depuis de nombreuses années déjà en Asie et qui est sensible également en Afrique, un continent où Handicap International compte lancer de nouvelles actions de sécurité routière dans un futur proche.
Notre organisation n’est pas restée inactive pour lutter contre un autre fléau responsable de tant de vies brisées : les armes à sous-munitions. D’aucuns pourraient croire, qu’après la signature de la Convention d’interdiction des armes à sous-munitions à Oslo en décembre 2008, la cause était entendue et la partie gagnée. Rien n’est plus faux. Un traité peut rester lettre morte s’il n’est pas ratifié par les Etats signataires. Handicap International et les Ban Advocates (un groupe de personnes dont la vie a été affectée par les sous-munitions) ont donc poursuivi leurs actions et rappelé aux Etats que rien n’était joué. Avec succès, puisque trente pays ont ratifié la Convention d’Oslo au début de 2010 et que celle-ci entrera donc en vigueur le 1er août.
Le traité d’interdiction des mines antipersonnel mérite lui aussi toujours toute notre vigilance, même 12 ans après sa signature. Il a d’ailleurs été l’objet d’une révision critique en décembre 2009, lors de la seconde conférence de révision du Traité qui s’est tenue à Cartagena, en Colombie. En effet, pendant dix ans, les différents intervenants se sont concentrés sur l’aspect le plus visible du problème : le déminage. Avec pour corollaire une attention moindre portée à l’assistance aux victimes des mines et à leur famille. En 2009, Handicap International a publié un rapport, «Voices fromthe ground », qui se fait l’écho de ces victimes, laissées à elles-mêmes face aux difficultés quotidiennes auxquelles elles sont confrontées depuis leur accident. Ce rapport a été présenté pour la première fois à la session de la Conférence des Nations unies sur le Désarmement à Genève et lancé dans plusieurs pays. Il a été utilisé comme document de référence durant la Conférence de Cartagena et aura contribué, je le pense sincèrement, à faire prendre conscience qu’il était grand temps de s’intéresser à l’aspect humain des drames causés par les mines antipersonnel et d’améliorer le Traité d’Ottawa en ce sens. La fin de l’année 2009 a été marquée par une autre étape importante pour nos actions : la fin de notre présence aux Maldives, après cinq ans d’intervention en faveur des personnes handicapées. Handicap International était intervenu dans ce pays après le terrible tsunami du 26 décembre 2004, en même temps que l’organisation venait en aide aux victimes en Indonésie, en Thaïlande et au Sri Lanka.
Nous avons pendant cinq ans travaillé à la reconstruction des zones sinistrées, en portant une attention particulière aux personnes handicapées, dont les besoins spécifiques, nous l’avons souvent rappelé, restent peu pris en compte dans les programmes d’aide. Les projets mis sur pied par Handicap International aux Maldives sont maintenant totalement gérés par nos partenaires locaux et suivront leur cours.
La fin de l’année a donc été riche en événements de toute sorte et je m’en voudrais de passer sous silence celui qui s’est déroulé à Bruxelles le week-end des 5 et 6 décembre. En effet, Solidanza n’avait pour ambition que d’être un événement dansant solidaire organisé dans un cadre prestigieux, celui de la Bourse de Bruxelles. Mais ce que je retiendrai de ce week-end, c’est la chaleur humaine qui a régné durant ces deux jours, personnes valides et moins valides, jeunes et moins jeunes, ensemble sur la piste de danse. C’est une image forte pour une organisation comme la nôtre qui, dans ses projets, milite pour une société plus inclusive.
En 2009, Handicap International a donc réussi à surmonter les difficultés. Les capacités de résilience de l’organisation sont remarquables. A force de patience, d’endurance, de créativité et de foi dans l’objet de l’association, la section belge de Handicap International a pu passer les épreuves et devenir plus solide. Ce qui fait la force d’une organisation, ce sont ceux qui la composent et tous ont contribué à ce changement, qu’il s’agisse des équipes sur le terrain (et j’associe le personnel national au personnel expatrié), des membres du siège et des bénévoles.
Depuis trois ans maintenant, Nous nous efforçons de développer une stratégie cohérente pour nos projets de développement. En dépit des zones d’ombre qui persistent sur la situation économique mondiale, nous avons le courage d’anticiper le futur. Nous avons une meilleure visibilité financière et nous communiquons mieux sur qui nous sommes et ce que nous faisons. Cette stratégie paye. C’est ce que l’organisation, ce que les personnes qui travaillent pour Handicap International ont réalisé.
Bien entendu, la prudence est de mise : ce développement est encore fragile. Mais je reste largement confiant pour le futur de Handicap International Belgique.