Kasaï : un silence assourdissant autour d'une crise oubliée

  • Vue d'un camp de réfugiés. A l'avant-plan, une femme portant un enfant sur son dos et un fagot de bois sur la tête s'appuie sur un bâton. Des dziaines d'autres personnes se trouvent à l'arrière-plan.
  • Portrait d'une famille avec une femme tenant un jeune enfant dans ses bras, deux hommes adultes debout à sa droite et devant eux, un garçon et une fille d'une dizaine d'années. La fille est assise dans une chaise roulante

Depuis août 2016, la violence fait rage dans la région du Kasaï, faisant plusieurs centaines de mort, des milliers de blessés et jetant plus d'un million de personnes sur les routes. Handicap International vient en aide aux victimes d'une crise humanitaire qui ne mobilise pas une attention suffisante.

Suite au climat de violence qui affecte la région du grand Kasaï, située au centre de la République démocratique du Congo, depuis août 2016, plusieurs centaines de personnes ont perdu la vie, des milliers d'autres ont été blessées et plus d’un million de personnes ont été déplacées. [1] Au total, plus de deux millions de personnes ont été touchées. « La situation est catastrophique. Il s’agit d’une crise humanitaire aiguë et récente, qui ne mobilise pas une attention suffisante. Plus d’un million de personnes ont besoin d’une aide urgente », s’alarme Guillaume Zerr, directeur de Handicap International en République démocratique du Congo.

Handicap International, qui intervient en République démocratique du Congo depuis plus de vingt ans, est actuellement une des seules associations humanitaires active dans la province du Kasaï Central. Les équipes de Handicap International, présentes depuis 2015 à Kananga, ont mené une évaluation afin d’identifier les besoins des populations affectées et d’envisager une intervention d’urgence.

Les plus fragiles, premières victimes

« Les besoins en termes de protection sont considérables : des milliers d’enfants, devenus très vulnérables, sont enrôlés dans des milices. Les femmes sont davantage exposées aux risques de violences sexuelles. De nombreuses personnes âgées ou handicapées, souvent discriminées au sein de leur communauté, sont encore plus fragilisées. L’accès aux soins de santé et l’approvisionnement en médicaments deviennent complexes, et les personnes déplacées ont très peu accès aux services de santé.

De nombreuses personnes blessées ont besoin de soins de réadaptation. L’interruption des activités agricoles entraine un risque important de malnutrition sévère auprès des populations locales. De plus, les provinces du grand Kasaï, qui souffraient déjà d’un niveau de sous-développement criant avant cette crise humanitaire, comprennent peu de voies de communication et de routes bitumées, ce qui complique fortement l’acheminement de l’aide humanitaire (soins de santé, alimentation, etc.) auprès des populations touchées », complète Guillaume Zerr.

Soutenir les blessés

Afin de venir en aide aux victimes de cette crise, Handicap International vise à ce que les personnes blessées puissent bénéficier de soins de réadaptation dans deux hôpitaux : recrutement de kinésithérapeutes, apport d’équipements (tables d’exercices, poids, etc.) et d’aides à la mobilité (déambulateurs, fauteuils roulants, etc.). L’association souhaite également leur apporter un soutien psychologique afin de les aider à surmonter leurs traumatismes, en proposant un soutien individuel et des séances collectives.

Une autre priorité est de renforcer la protection des enfants non-accompagnés, des femmes, des personnes âgées et handicapées, en formant les organisations locales à l’identification des personnes les plus fragiles. Ceci pour leur assurer un accès aux services humanitaires tels que les soins de santé, l'aide alimentaire, ... Handicap International envisage aussi de distribuer des articles ménagers essentiels (ustensiles de cuisine, kits d’hygiène comprenant du savon, etc.) à plusieurs milliers de familles affectées.

Enfin, l’association vise à favoriser l’acheminement de l’aide humanitaire auprès des populations vivant dans des zones difficilement accessibles et peu sécurisées.

« Des centaines de milliers de personnes sont confrontées à une situation dramatique, et n’ont encore reçu aucun soutien. Les aider est notre priorité », conclut Guillaume Zerr.

[1] En août 2016, un conflit local dans le territoire de Dibaya, au Kasaï central, a opposé un chef coutumier au gouvernement national. Ce conflit s’est soldé par une offensive des Forces Armées de la RDC (FARDC), entrainant la mort du chef coutumier. Depuis lors, cette situation a eu un effet catalytique : les revendications de la population locale en termes de gestion autonome du pouvoir coutumier n’ont fait qu’augmenter. Des milices se sont formées et s’attaquent régulièrement aux symboles de l’Etat dans un vaste territoire (les trois provinces qui forment la région du grand Kasaï: le Kasaï, le Kasaï central et le Kasaï oriental).