Portrait: Erwin Telemans

Le nouveau directeur de Handicap International

  • Portrait d'Erwin Telemans, le nouveau directeur de Handicap International
  • Un jeune Erwin Telemans fixe une orthèse sur la jambe d'une petite fille africaine.nda, Tanzania, ...

En septembre, Handicap International Belgique disait au revoir à son directeur, Jean Van Wetter. Erwin Telemans reprend le flambeau après 20 ans en Afrique. Il remplit depuis le début de cette année la fonction de directeur général.

Erwin, peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je suis né en 1969 dans l’ancien Zaïre. J’avais quelques mois quand mes parents sont partis à Bujumbura, au Burundi, où j’ai fait mes primaires et mes secondaires. A 18 ans, je suis revenu en Belgique pour étudier la kinésithérapie.

Début 1995, je suis parti à Goma avec une organisation internationale pour mettre en place un gros projet de réadaptation dans un camp de réfugiés rwandais. Après deux années passées dans l’Est du Congo, ma femme Katia et moi avons travaillé quatre ans au Soudan, trois ans au Rwanda et deux ans au Kenya.

Finalement, je suis arrivé en Tanzanie pour reprendre la gestion et agrandir l’un des plus grands hôpitaux d’Afrique : Comprehensive Community Based Rehabilitation in Tanzania (CCBRT), où j’ai passé les 13 années suivantes. C’est un grand hôpital, où l’on réalise 10 000 opérations par an, spécialisé dans le handicap et couplé à un grand projet de réadaptation à base communautaire. Un autre structure, une maternité, va être inaugurée fin 2019 ou début 2020, avec une capacité de 15 000 accouchements. En étant présent avant, pendant et après la naissance, vous pouvez faire énormément pour prévenir les handicaps.

Pourquoi avoir choisi le monde humanitaire ?

Mes parents sont eux-mêmes des coopérants, j’ai baigné dans ce milieu dès le berceau ! Enfant, j’ai aussi été très vite confronté aux besoins : en allant simplement à la poste de Bujumbura, je pouvais croiser vingt personnes avec des séquelles de polio. J’ai toujours su que je reviendrais pour ceux qui ont moins de chance et devenir kiné était la voie parfaite pour y arriver.

Comment franchir l’étape entre kinésithérapeute et directeur de Handicap International Benelux ?

Au début, en tant que kiné, vous soignez quelques pieds bots, vous ajustez une série de prothèses ou vous fabriquez des prothèses à un euro, comme nous l’avons fait à Khartoum par exemple. Nous avons le devoir d’avoir le plus grand impact possible dans notre vie. Alors plutôt que d’aider cinq enfants, vous commencez à diriger une équipe, et vous touchez cinquante enfants. Ensuite, vous mettez sur pied des programmes, et vous aidez 500 personnes, puis 5000… Mais chaque décision que vous prenez, c’est en pensant aux bénéficiaires. Le kinésithérapeute reste toujours en moi.

En tant que kinésithérapeute, tu as certainement entendu parler de notre organisation.

Après mes études, je devais effectuer mon service civil chez Handicap International en Côte d’Ivoire, mais à cause d’un changement de la loi, je n’ai pas pu partir. En Afrique, j’ai plus d’une fois travaillé avec des collègues de HI. Je pense par exemple au Rwanda, où nous soignions des enfants avec des infirmités motrices cérébrales sévères. Nous devions joindre nos connaissances et réfléchir de manière créative à la façon dont nous pouvions donner une meilleure vie à des enfants avec des déficiences importantes. Nous avons réalisé de vrais miracles.

Handicap International est une organisation incroyablement inspirante, qui travaille aussi bien aux soins à apporter aux personnes en situation de handicap qu’à la prévention des causes. Mieux vaut prévenir que guérir. Les campagnes de HI sur le déminage… c’est une action que chacun connaît ou devrait connaître !

Tu es directeur général de Handicap International Benelux, pas seulement de la Belgique. Comment vois-tu ce changement ?

J’ai toujours dit à mes enfants que un plus un font trois. Ils me répondent à chaque fois que ce n’est pas vrai. Je suis convaincu que rassembler les énergies donne encore plus d’énergie. Des petites organisations indépendantes qui travaillent toutes pour le même objectif ont plus d’impact lorsqu’elles travaillent ensemble autour d’une même table, qu’elles apprennent les unes des autres et s’améliorent. Donc effectivement, nous allons collaborer davantage avec le Luxembourg, tandis qu’en Belgique, nous allons mettre un peu plus l’accent sur la Flandre, où nous sommes moins connus. Et les Néerlandais sont un peuple d’une générosité incroyable. Nous devons leur donner la chance d’embarquer avec nous pour ce beau voyage.

Comment te relaxes-tu après une journée de travail ou pendant le week-end ?

Bruxelles a quelque chose d’extraordinaire à offrir, une espace vert magnifique à côté de la ville : la forêt de Soignes. L’Afrique s’urbanise à grand pas et nous n’avions que très peu de contact avec « le bois ». La forêt est pour nous le lieu où nous trouvons le repos, où nous rêvons et que nous apprécions. Pour le moment, si vous me cherchez pendant le week-end, vous me trouverez quelque part en forêt de Soignes.

Merci et beaucoup de succès !