Handicap International présente “Armed Violence and Disability: the Untold Story”

Bruxelles, le 19 février 2013 – Handicap International présente « Armed Violence and Disability : the Untold Story ». Cette étude est basée sur le témoignage de 713 survivants de la violence armée en Colombie, en Haïti, au Pakistan et en Ouganda. Il s’agit du premier rapport étudiant le lien entre violence armée et handicap. Les chiffres sont interpellant : plus de huit personnes interviewées sur dix restent handicapées des suites de leurs blessures.

Violence armée et handicap : la première étude du genre

Avec « Armed Violence and Disability : the Untold Story »[1], Handicap International publie les conclusions d’une année de recherches sur le lien entre la violence armée et le handicap. Cette étude s’appuie notamment sur un travail de collecte de données auprès des forces de polices et des hôpitaux, ainsi que d’une enquête menée entre mai 2011 et avril 2012 dans quatre villes ou provinces de pays particulièrement touchés par ce fléau : Medellin (Colombie), Port-au-Prince (Haïti), Karamoja (Ouganda) et Peshawar (Pakistan). Ces recherches incluent un sondage auprès de 900 personnes parmi lesquelles 713 survivants de la violence armée[2], des entretiens avec des  informateurs clés et des membres des familles de personnes tuées ou blessées par des actes de violence armée. Jusqu’ici, aucune étude précise n’existait, pour évaluer l’impact à long terme de la violence armée, notamment sur la création de handicap. Cette étude conduite par Handicap International est ainsi la première du genre qui cherche à comprendre le lien entre violence armée et handicap.

8 victimes sur 10 atteintes d’un handicap

La violence armée est responsable de 526.000 décès chaque année[3]. Cela représente plus d’une victime toutes les minutes. Mais pour chaque décès, combien de personnes devant subir toute leur vie les conséquences de la violence armée ? Plus de huit survivants interrogés sur dix vivent aujourd’hui avec un handicap sévère affectant leur vie au quotidien (paralysie, perte d’un membre, blessure à la moelle épinière…)

La violence armée cause des handicaps. Mais le constat inverse vaut également : les personnes handicapées dans les pays en développement présentent elles-mêmes un risque accru d’être victimes de la violence armée en raison d’une marginalisation importante au sein de la société, d’un accès restreint aux campagnes de prévention ainsi que d’une plus grande vulnérabilité face au danger. L’accès limité aux soins renforce cette situation d’exclusion en cas de blessures.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, la violence armée ne se produit pas majoritairement en temps de guerre. Selon le secrétariat de la Déclaration de Genève, la très grande majorité des morts violentes se produisent dans des pays non touchés par un conflit armé et caractérisés par des niveaux de revenus faibles ou moyens[4]. Aujourd’hui, on estime que, suite à l’utilisation d’une arme à feu hors période de conflit, au moins deux millions de personnes dans le monde vivent avec les séquelles de blessures qui ont généré des soins, de la rééducation et souvent une perte de revenus[5].

Un handicap, et après ?

L’étude a montré que les personnes handicapées des suites de la violence armée sont confrontées à l’énorme défi de s’adapter chaque jour à un environnement déjà précaire. Comme l’a constaté Rashmi Thapa, auteur de l’étude, « La situation sociale et économique des victimes se trouve fortement affectée. De nombreuses victimes ne peuvent plus travailler et le coût des soins devient alors un véritable fardeau. C’est encore plus grave pour les victimes qui ont des personnes à charge. On note aussi que si la majorité des personnes interrogées ont bénéficié de soins juste après l’accident, rares sont celles qui ont bénéficié de soins ou de revalidation à plus long terme. Sans parler du soutien psychologique ou économique, souvent inexistant. »

Si le rapport permet de mieux comprendre la problématique du lien entre violence armée et handicap, il met aussi le doigt sur le peu d’informations disponibles sur le sujet. Il y a un manque criant d’analyses, la collecte d’information n’est pas systématique… Autant de limites qui doivent être dépassées pour permettre une amélioration de l’accompagnement des victimes grâce à une meilleure identification des problèmes et, partant, des solutions à y apporter.

Sur le terrain, faire face à la prolifération des armes légères

Handicap International agit auprès de ces victimes dans 39 pays et territoires dans le monde[6]. Certains projets visent directement la réduction des risques liés à la prolifération, l’accès et la mauvaise utilisation des armes. Sylvie Bouko, spécialiste belge chargée de la réduction de la violence armée : “Notre rôle est d’éviter les accidents. Cela consiste donc à mener des campagnes médiatiques, des séances de sensibilisation, des formations de professeurs, de membres de la société civile mais aussi d’autorités locales, le tout afin d’expliquer les règles de sécurité de base.” Des interventions menées dans des pays où l’État est en reconstruction ou fragilisé.


[1]http://www.handicapinternational.be/en/publications/armed-violence-and-disability

[2]La violence armée se définit comme l'utilisation intentionnelle d'armes, de façon menaçante ou physique, pour infliger la mort, des blessures, des déficiences durables ou des dommages psychologiques qui portent atteinte à la sûreté, à la sécurité et au développement.

[3]Global Burden of Armed Violence, Geneva Declaration Secretariat, Geneva (2011).

[4]www.genevadeclaration.org/fileadmin/docs/MDG_Process/MoreViolenceLessDevelopment.pdf

[5]The Graduate Institute of International and Development Studies, Small Arms Survey (2012), Authorised Small Arms Trade Revised up-to USD 8.5 Billion per year: More than double previous estimate, Geneva.

[6]Afghanistan, Algérie, Albanie, Angola, Bangladesh, Burundi, Cambodge, Colombie, Ethiopie, Inde, Irak, Jordanie, Kenya, Kirghizistan, Laos, Liban, Libye, Libéria, Mali, Mozambique, Népal, Niger, Ouganda, Pakistan, Territoires palestiniens, Philippines, Rwanda, République démocratique du Congo, Sénégal, Serbie, Sierra Leone, Somaliland, Sri Lanka, Soudan du Sud, Syrie, Tadjikistan, Tchad, Thaïlande, Vietnam.