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Chapitre 12

Aïda assise au milieu de ses parents. Tous ont la tête baissée, l'air triste. Aïda assise au milieu de ses parents. Tous ont la tête baissée, l'air triste. Aïda assise au milieu de ses parents. Tous ont la tête baissée, l'air triste. Aïda assise au milieu de ses parents. Tous ont la tête baissée, l'air triste.

Aïda n’a pas lâché la main de son père depuis qu’ils sont rentrés à la maison. Elle sent encore la pression de la terre sous son pied. Dans sa poitrine, son cœur bat toujours un peu trop vite, comme si son corps n’avait pas compris que le danger était passé. Elle ressent une énergie nerveuse qui lui donne envie de crier, de courir, ou mieux, de se terrer sous son lit et de ne plus jamais en sortir. 

Aïda, l'air abattu, tient la main de son papa. Aïda, l'air abattu, tient la main de son papa. Aïda, l'air abattu, tient la main de son papa. Aïda, l'air abattu, tient la main de son papa.

Sa mère s’approche, inquiète. Son regard passe de son mari à sa fille, à la recherche d’une blessure.

— Qu’est-ce qui s’est passé ?

— Elle a marché sur une mine.

Le silence tombe comme une chape de plomb. Sa mère blêmit. Ses doigts se crispent sur son foulard, et sa voix se brise presque quand elle murmure :

— Une vraie ?

Aïda hoche lentement la tête. Elle a toujours l’impression que si elle fait un faux mouvement, sa vie pourrait basculer. 

— Mais elle n’a pas explosé, ajoute son père, soulignant l’évidence, mais désireux d’alléger l’horreur de la situation. Des démineurs étaient là. Ils ont pu la faire sortir de là.

Sa mère vacille et s’assoit sur le premier tabouret à portée. Elle tend les bras, et Aïda se laisse aller contre elle. L’odeur familière du tissu lavé au savon lui serre la gorge. C’est rassurant, chaleureux. Une boule d’émotion qu’elle n’arrive pas à refouler monte dans sa gorge et lui pique les yeux. Elle se rend compte qu’elle tremble encore un peu.

— Je suis désolée, murmure-t-elle, la voix étranglée.

— Tu es vivante. C’est tout ce qui compte.

Son père s’assied à côté d’elles. Il pose une main protectrice sur son épaule et la regarde sérieusement.

— Il faut que tu comprennes quelque chose, Aïda. Si ces panneaux sont là, ce n’est pas pour rien. Quelqu’un a pris la peine de les mettre pour prévenir du danger. Et toi, tu as eu de la chance. D’autres n’en ont pas.

Ces mots la percutent. Une chance. Voilà tout ce qui la sépare des noms qu’on murmure parfois dans le quartier, des accidents dont tout le monde parle à voix basse, du deuil qui ronge les familles, et des vies à jamais changées.

Son père reprend, plus doucement :

— Tu dois comprendre comment ces choses fonctionnent. Tu dois savoir comment réagir.

Sa mère se redresse et essuie discrètement une larme au coin de son œil.

— Il y a un centre, pas loin de la boulangerie. Ils font des formations pour sensibiliser à ses choses-là.

Aïda assise au mileu de ses parents. Tous ont la tête baissée, l'air triste. Aïda assise au mileu de ses parents. Tous ont la tête baissée, l'air triste. Aïda assise au mileu de ses parents. Tous ont la tête baissée, l'air triste. Aïda assise au mileu de ses parents. Tous ont la tête baissée, l'air triste.

Aïda hoche la tête.

— Je veux y aller.

Et cette fois, ce n’est pas une hésitation, ni une obligation imposée par les adultes. C’est une nécessité.

Le lendemain, Aïda et sa famille arrivent devant la petite salle où doit se tenir l’atelier. Contrairement à la veille, elle ne traîne pas les pieds. Elle n’a pas peur d’écouter. Elle veut savoir. Même Samir fait l’effort de paraître concerné : les parents lui ont expliqué qu’une catastrophe a été évitée de justesse. Peut-être aussi se sent-il un peu coupable : s’il n’avait pas oublié le pain hier, rien de tout ça ne serait arrivé. Ils poussent la porte et entrent dans une petite salle à l’intérieur du bâtiment. Quelques chaises en plastique encore libres sont alignées face à un tableau où sont accrochées des cartes et des images. Une dizaine de personnes sont déjà là, quelques enfants, mais surtout des adultes. Elle s’installe avec ses parents sur les sièges restants, Samir entre elle et son père.

L’homme qui anime la formation leur adresse un sourire bienveillant.

— Bienvenue. Aujourd’hui, on va parler d’un sujet qui peut sauver des vies.

Il affiche une première image. Aïda retient son souffle.

Une mine. Une vraie.
Elle ressemble presque à un simple morceau de métal rouillé, un truc banal qu’on pourrait prendre pour une vieille pièce de moteur abandonnée. Un frisson lui lèche le dos. Si elle n’avait pas l’information affichée, elle aurait pu se dire qu’il ne s’agissait d’un déchet. Pire encore : quelqu’un aurait pu le ramasser pour le recycler ou l’utiliser pour réparer quelque chose.

Dans une salle de classe, des personnes sont assises de dos et regardent un homme parler. Dans une salle de classe, des personnes sont assises de dos et regardent un homme parler. Dans une salle de classe, des personnes sont assises de dos et regardent un homme parler. Dans une salle de classe, des personnes sont assises de dos et regardent un homme parler.

Le formateur pointe l’image avec son bâton.

— Beaucoup de gens pensent que les mines improvisées et les explosifs non explosés sont faciles à reconnaître. Qu’ils ont tous la même forme, comme dans les films. Mais la vérité, c’est qu’ils peuvent ressembler à n’importe quoi.

Il tourne la page et affiche une autre photo.
Cette fois, Aïda sent son estomac se nouer.
Sur l’image, une simple boîte en métal cabossée. À côté, un jouet. Elle jette un coup d'œil à Samir, en sachant parfaitement qu’il aurait pour frapper dans la boîte de conserve, ou ramasser le jouet. Comme tous les autres enfants dans la pièce. 

— Certaines mines artisanales sont conçues pour être confondues avec des objets du quotidien.

Samir fronce les sourcils et se redresse : 

— Mais c’est dégueulasse ! s’indigne-t-il.
— Oui. Certains sont enfouis, d’autres sont simplement posés là où on s’y attend le moins. C’est pour ça qu’il faut être vigilant, même dans des endroits qui semblent familiers.

Aïda serre les poings sur sa robe. Elle, elle aurait pu mourir hier. Le souvenir est encore vivace dans son esprit, et elle a toujours envie de pleurer.

— Si vous voyez quelque chose qui vous semble étrange, surtout, ne touchez pas. Prévenez un adulte, un enseignant, un policier. Ne partez jamais du principe que ce n’est “rien”.
— Mais alors, comment on les reconnaît ?
— Le plus simple, c’est d’apprendre à reconnaître les zones dangereuses. Si vous voyez un panneau d’avertissement, un terrain vague que personne ne traverse, des objets abandonnés dans un endroit où il ne devrait pas y en avoir… il faut être extrêmement prudent. Et surtout, si vous voyez un objet suspect, le plus important, c’est de ne pas y toucher.

Une main pointe du doigt une image présentant des engins explosifs dangereux, dont un piège avec un lapin en peluche. Une main pointe du doigt une image présentant des engins explosifs dangereux, dont un piège avec un lapin en peluche. Une main pointe du doigt une image présentant des engins explosifs dangereux, dont un piège avec un lapin en peluche. Une main pointe du doigt une image présentant des engins explosifs dangereux, dont un piège avec un lapin en peluche.

Les enfants hochent la tête, Samir aussi. Aïda croise les bras. Ça semble si simple et si logique… et pourtant, elle se demande combien de gens auraient le bon réflexe au bon moment. Et puis parfois, on a juste pas le choix. Ou pas de chance. Il l’a dit : les engins peuvent être enterrés. Alors comment faire pour les éviter ? Elle pense à ces histoires qu’elle a entendues, celles des fermiers labourant leur champ, des enfants jouant trop près d’un terrain vague… et puis soudain. Plus de champ. Plus de jambes. Ou plus de vie tout court. 

Un homme au fond de la salle lève la main. 

— Et si quelqu’un marche dessus ?

Aïda sursaute violemment. Pendant une fraction de seconde, tous les bruits autour d’elle disparaissent. Son cœur rata un battement, et ses mains se crispèrent sur sa robe. Elle sait ce que ça fait. Elle sait. L’instant suspendu, la peur glaciale qui immobilise chaque muscle de son corps, le poids de sa propre vie reposant sur un seul pied.

Elle se revoit, le pied cloué au sol, incapable de respirer, incapable de bouger, sachant que le moindre faux pas pouvait signer sa fin. Elle tombe dans une spirale de “et si” avec des fins de plus en plus tragiques. Son cerveau reprend la litanie qu’elle s’était martelée jusqu’à ce qu’on vienne l’aider : “Surtout, ne pas bouger.”  

Puis une petite main vient se glisser dans la sienne et elle baisse le regard. Samir la contemple, calme et concerné. Il sert sa main et la garde près de lui.

— Il ne faut surtout pas bouger, répond le formateur, sans appel. Bouger pourrait déclencher l’explosion. Il faut appeler quelqu’un qui sait désamorcer l’engin.

Aïda, debout dans une zone où vient d'avoir lieu une explosion. Aïda, debout dans une zone où vient d'avoir lieu une explosion. Aïda, debout dans une zone où vient d'avoir lieu une explosion. Aïda, debout dans une zone où vient d'avoir lieu une explosion.
Un homme et une femme parlent à une assemblée, vue de dos. Un homme et une femme parlent à une assemblée, vue de dos. Un homme et une femme parlent à une assemblée, vue de dos. Un homme et une femme parlent à une assemblée, vue de dos.

C’est exactement ce qu’on lui a dit ce jour-là. Ne bouge pas. Elle sent presque encore la moiteur de ses paumes, son corps tétanisé, la voix paniquée de sa mère à l’autre bout du fil.  Elle serre les dents. Elle est en sécurité, maintenant. Mais elle comprend à quel point elle a eu de la chance. Et à quel point elle avait été bête de passer outre l’avertissement. Elle n’avait été ni maligne, ni responsable. Elle avait été idiote, et des gens mourraient pour moins que ça. 

Heureusement, l’homme reprend, captant son attention avant qu’elle ne se perde trop longtemps dans ses pensées. Il explique comment signaler une zone suspecte, comment éviter les endroits à risque et quoi faire si un ami trouve un objet étrange. Il donne des exemples concrets, leur montre des images de mines enfouies à moitié sous la terre, de pièges déguisés sous des détritus. Aïda s’oblige à se concentrer. Cette fois, elle ne se contentera pas d’écouter. Elle retiendra tout.

Quand l’atelier touche à sa fin, chacun reçoit un petit guide résumant les bons réflexes à adopter. Samir feuillette les pages, le nez froncé, visiblement absorbé par les images. 

Quelques jours plus tard, alors qu’elle rentre de l’école, elle surprend Samir en train d’expliquer ce qu’il a appris à un de ses copains. Il pointe une affiche sur un mur et répète avec l’assurance des enfants qui en savent plus que les autres :

— Si tu vois un truc bizarre, tu touches pas et tu préviens un adulte.

Aïda s’arrête quelques secondes et le regarde faire. Il est sérieux, concentré. Un sourire discret étire les lèvres de la jeune fille. Elle est contente. Pas encore apaisée, mais ça viendra. Son petit frère est en sécurité - autant qu’il peut l’être - et essaye lui aussi, de protéger ses petits camarades. Il l'aperçoit, et un sourire éclaire son visage. Il lui fait un signe de la main, avant de reprendre ses explications animées.

Ce n’était pas grand-chose…
Juste une décision.
Mais une bonne décision.

Samir, le petit frère de Aïda, dans la rue. Il montre quelque chose du doigt. Aïda se tient derrière lui. Le mot Samir, le petit frère de Aïda, dans la rue. Il montre quelque chose du doigt. Aïda se tient derrière lui. Le mot Samir, le petit frère de Aïda, dans la rue. Il montre quelque chose du doigt. Aïda se tient derrière lui. Le mot Samir, le petit frère de Aïda, dans la rue. Il montre quelque chose du doigt. Aïda se tient derrière lui. Le mot

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