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«20 ans après, les promesses des accords d'Oslo n'ont pas été tenues»

Réadaptation Urgence
Née en Egypte, Samah Abu Lamzy est arrivée en Palestine en 2001. Elle a rejoint les équipes de Handicap International en 2007. Samah vit et travaille dans la bande de Gaza et constate chaque jour les difficultés que rencontrent les Palestiniens pour se procurer de quoi survivre ; et cela 20 ans après la signature des accords d’Oslo, qui promettaient de mettre un terme au conflit entre Israël et la Palestine.
dessin d'un enfant en chaise roulante sur un mur détruit

Née en Egypte, Samah Abu Lamzy est arrivée en Palestine en 2001. Elle y a poursuivi des études en science de l’éducation et en management avant de rejoindre les équipes de Handicap International en 2007. Samah vit et travaille dans la bande de Gaza et constate chaque jour les difficultés que rencontrent les Palestiniens pour se procurer de quoi survivre ; et cela 20 ans après la signature des accords d’Oslo, qui promettaient de mettre un terme au conflit entre Israël et la Palestine.
 

Quelles sont actuellement les conditions de vies des Palestiniens dans la bande de Gaza ?

Elles sont extrêmement difficiles. Les médias du monde entier le rappellent régulièrement: les conditions de vie à Gaza sont très précaires, que ce soit en matière d’accès à l’eau potable, aux services de santé, à l’emploi. Le blocus a des effets catastrophiques sur les conditions de vie des populations. C’est vrai pour la population en général, mais c’est encore pire pour les personnes les plus fragiles. Pour les personnes handicapées dont nous nous occupons, l’accès aux services publics est extrêmement limité, même les plus essentiels comme la santé et d’éducation. C’est une situation qui ne devrait pas durer, et pourtant nous célébrons tristement le 20e anniversaire des accords qui étaient censés tourner cette page.

Si 20 ans après les accords de paix rien n’a véritablement progressé, faut il en conclure que la situation est figée et qu’elle le restera encore longtemps ?

Non, c’est inconcevable, les choses doivent se débloquer. C’est ce que pensent tous les Palestiniens également à l’étranger. Nous ne baissons pas les bras et nous sommes nombreux à nous mobiliser au quotidien pour que les choses changent. Des associations existent, et la solidarité est visible à beaucoup de niveaux. Les personnes handicapées se sont organisées pour revendiquer leurs droits et accéder aux services essentiels. Handicap International travaille à leurs côtés pour renforcer leurs capacités en leur apportant expertise technique et soutien financier. Nous les soutenons et pouvons observer les progrès réalisés pour permettre aux personnes dont nous nous occupons d’accéder aux services adaptée à leurs besoins.

Concrètement, comment s’organise cette solidarité ?

Pour nous, l’essentiel est de mettre en place un réseau qui regroupe les ressources existantes. Car les ressources humaines existent à l’intérieur même de Gaza, il y a des gens très éduqués, qui peuvent fournir les services dont la population a besoin. En revanche, ce qui fait cruellement défaut, ce sont les infrastructures, et les ressources financières et logistiques. Nous essayons de renforcer les structures existantes - ce qui est rendu extrêmement difficile par le blocus - et nous aidons les gens à mieux identifier et utiliser ces structures en menant des campagnes d’information et de sensibilisation. Beaucoup a déjà été fait, et cela me rend très fière. Nous avançons pas à pas, mais nous avons déjà parcouru un long chemin. A l’heure où nous parlons, certains de nos partenaires, que nous avons formés et soutenus, sont déjà capables de travailler de manière autonome, et de fournir des services de qualité aux personnes handicapées. Maintenant la portée de ces actions doit être accrue et pour cela il faut que le blocus sur la bande de Gaza soit levé. Dans le contexte actuel, il est très difficile de répondre aux besoins de la population, quelques soient les compétences humaines et le niveau de mobilisation.

Le temps passe et pourtant vous ne perdez pas espoir ?

Non, car même dans un contexte qui joue contre nous, Handicap International s’est fixé des objectifs ambitieux, notamment pour promouvoir les droits des personnes handicapées et pour changer la perception du handicap. Du temps, et des efforts constamment renouvelés seront nécessaires pour atteindre ces objectifs, mais les histoires individuelles des bénéficiaires de l’association nous motivent régulièrement. Il y a quelque temps, nous avons reçu une invitation pour le mariage de Mohammed, un homme qui est paraplégique et que nous avons aidé à monter un petit commerce à côté de chez lui. Quand nous l’avons rencontré, sa famille le considérait comme une charge. Il s’agit d’une famille de onze personnes qui vivent dans une seule pièce et il était très difficile pour Mohammed de trouver sa place… Mais il était extrêmement motivé et il a suivi plusieurs formations et remporté une bourse pour pouvoir monter le commerce qu’il avait toujours rêvé d’avoir. Maintenant son affaire fonctionne bien, et c’est lui qui soutien le reste de sa famille. Et il va même se marier !

Aujourd’hui nous nous accrochons à ces histoires individuelles pour continuer à aller de l’avant, mais les choses doivent changer. La communauté internationale ne peut pas continuer de regarder ailleurs et laisser tout un peuple vivre dans de telles conditions. Elle doit imposer des négociations équilibrées entre Israël et la Palestine, et mettre la situation humanitaire des populations au cœur des préoccupations. Il ne s’agit pas que de politique. Il s’agit de générations entières qui grandissent et vivent emprisonnées sur un territoire qui manque de tout !

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