Go to main content

Buy, gardien de vaches

Mines et autres armes Réadaptation
Cambodge
Pour les jeunes qui gardent le bétail, les journées sont parfois monotones. La découverte d’objets inconnus fournit une occasion inespérée pour briser la routine. Mais pour Buy et ses compagnons, c’est le vie elle même qui a été brisée par la découverte d’une roquette. Buy a aujourd’hui repris ses activités, grâce à un appareillage adapté. Mais jamais il ne pourra devenir agriculteur et travailler comme les autres.
Buy, gardien de vaches

Pour les jeunes qui gardent le bétail, les journées sont parfois monotones. La découverte d’objets inconnus fournit une occasion inespérée pour briser la routine. Mais pour Buy et ses compagnons, c’est le vie elle même qui a été brisée par la découverte d’une roquette. Buy a aujourd’hui repris ses activités, grâce à un appareillage adapté. Mais jamais il ne pourra devenir agriculteur et travailler comme les autres.

Il est 13h. Pour Buy, comme tous les jours, c’est l’heure d’emmener les vaches aux champs. Il sort donc les quatre vaches de la famille et marche avec elles, tenant d’une main un bâton et de l’autre les cordes passées au cou des animaux. La route n’est pas bien longue. Un quart d’heure suffit pour arriver dans la zone de champs, marais et rizières où les vaches pourront paître tranquillement tout l’après-midi.

Au total, une soixantaine de vaches broutent, voguant librement dans une grande étendue. A l’instar de Buy, une petite quinzaine d’enfants et d’adolescents ont amené les vaches de leurs familles, les guidant en les fouettant avec de fins bâtons ou en leur tapant le flan du plat de leurs sandales. Mais à la différence des enfants, Buy a déjà une trentaine d’année, et il continuera probablement ce métier toute sa vie…

Le jour où tout bascule

Ce jour-là, explique Buy, je me promenais en compagnie d’un jeune de mon âge et d’un enfant plus jeune lorsque j’ai découvert un objet inconnu. Nous n’avions jamais vu d’engin pareil. Il dessine l’objet dans le sable. C’est une B40, un explosif tiré par un lance-roquette. Est-ce le mécanisme qui s’est enrayé ? Ou peut-être l’objet est-il tombé dans un sol trop meuble… Toujours est-il qu’il n’a pas explosé lors de l’impact.

J’ai appris par la suite que c’étaient des pêcheurs qui avaient découvert l’objet la veille dans leurs filets. Ils s’en étaient débarrassés en le posant à quelques mètres de l’étang. Les jeunes sont intrigués. Sans raison précise, l’un deux se met à taper dessus avec un bâton, bientôt imité par le second. Ils n’en attendent rien. Mais les distractions sont rares et les journées longues, lorsqu’on les passe à garder des vaches.

Buy se tient à proximité du duo. Soudain, c’est l’explosion. Une explosion puissante qui tue sur le coup les deux jeunes gens. Buy se retrouve lui projeté en arrière et blessé. Rapidement, son père et un voisin l’emmènent vers l’hôpital de Takéo tandis qu’il sombre dans l’inconscience. Buy se réveillera plus tard avec une grande souffrance, puis progressivement, la conscience que sa vie vient de changer radicalement. Il a perdu une jambe, un bras et deux doigts à l’autre main.

Au souvenir de ces moments pénibles, l’expression de Buy modifie. Et baissant les yeux, il se met à tracer à la pointe de son bâton des dessins dans la boue. Pendant un an et demi, je suis resté enfermé chez moi. J’étais tout le temps triste et inactif, je ne voulais pas sortir.

Des prothèses pour retrouver le goût de la vie

Finalement, Buy s’est rendu au centre de réadaptation que Handicap International gère à Takéo. Il s’agit là d’un des trois centres gérés par Handicap International dans le pays. Les patients y reçoivent un traitement adapté à leurs besoins. Créés au départ comme centres de production de prothèses pour les victimes d’accidents de mine, les centres de réadaptation offrent des services variés, en orthopédie et en kinésithérapie, que ce soit pour les victimes d’accidents de mines, de la route, du travail, ou encore pour les enfants atteints de malformations congénitales.

Pour sa part, Buy a été accueilli au centre durant tout le temps nécessaire pour produire ses prothèses et pour qu’il s’y fasse. Pour cela, il a dû renforcer certains muscles, acquérir un meilleur équilibre, apprendre à marcher avec la prothèse… Un apprentissage nécessaire et adapté au futur du patient. Ainsi, les exercices de marche reproduisent l’environnement de vie quotidien des khmers qui vivent dans les villages : sols en sable, pierres, ponts, échelles à grimper…

Pour son bras aussi, Buy a reçu une prothèse et les kinésithérapeutes lui ont expliqué les possibilités existantes pour faciliter son quotidien. En effet, sur les prothèses de ce type, la main peut être modifiée et remplacée – selon le besoin du moment – par un couvert, une faux ou un bol. Buy a choisi de se limiter à la prothèse « simple », qu’il utilise surtout pour tenir l’herbe lorsqu’il en coupe pour faire du fourrage.
Bien sûr, Buy aurait voulu être agriculteur et travailler avec sa famille. Mais avec l’assistance du personnel du centre de réadaptation, il a accepté le fait que son handicap ne lui permettrait pas de s’atteler à des travaux lourds. Progrès considérable : ses prothèses permettront tout de même à Buy de sortir de chez lui et de reprendre ses anciennes activités en retrouvant – par son travail – sa place au sein de la famille.

Buy a donc recommencé à conduire les vaches et à garder le troupeau en compagnie d’enfants avec qui la différence s’accentue chaque année un peu plus. Un retour au champ difficile… car c’est sur ce même terrain que Buy a eu son accident. Mal à l’aise la première fois, il se demandait si tout danger était écarté, malgré le passage de démineurs qui ont retiré du terrain une série d’engins non explosés.

Des années plus tard, le danger toujours présent

L’inquiétude de Buy reste légitime aujourd’hui. Car si on demande aux enfants s’ils ont déjà vu une bombe dans cette zone pourtant déminée, ils sont plusieurs à pouvoir répondre… par l’affirmative. Nalin, une jeune fille du groupe, n’hésite pas une seconde. Marchant à peine 250m, elle s’arrête près d’un petit arbre et désigne de la main un endroit au sol. Une bombe se confond sournoisement avec la couleur de la terre. A la question de savoir si un adulte a déjà été averti de la présence de cet engin non explosé, le silence qui suit est révélateur. Mais tous l’assurent, ils n’y ont jamais touché. Tout au plus s’amusent-ils à s’en approcher, jusqu’au jour où quelqu’un se montrera plus courageux ou plus inconscient que les autres, oubliant pour un moment les terribles conséquences d’un tel geste sur leur compagnon.

Il est 17h et des milliers de grenouilles font entendre leur concert de coassement. C’est la fin de la journée et les vaches, dociles, sont rassemblées sans mal. Demain, Buy veut passer tôt au centre de réadaptation à Takéo. En effet, régulièrement, les prothèses nécessitent d’être réparées ou remplacées.

Des réparations nécessaires

Ce matin, il est 7h45 lorsque Buy débarque à Takéo. Une pluie légère tombe depuis l’aube d’un ciel laiteux. Comme tous les matins, le centre de revalidtion physique a ouvert ses portes à 7h30. La plupart des patients résidents sont déjà levés et discutent dehors tandis que des bruits de ponçage, forage et couture se font déjà entendre depuis l’atelier.

Buy s’avance d’un pas incertain. Bien vite, il est accueilli à la réception du centre. Il explique que la lanière de sa prothèse de jambe s’est détendue, provoquant du jeu. Au niveau de l’autre prothèse, Buy a du mal à rentrer son bras dans sa prothèse, devenue trop étroite.

Tous ces problèmes seront rapidement résolus. Les techniciens du centre en profitent pour remplacer la main de la prothèse, abimée par le travail. Entouré par un orthoprothésiste et par un kinésithérapeute, Buy peut bientôt tester les réglages. Il fait quelques allers-retours en marchant et enfile l’autre prothèse à son bras. Heureux, il n’a plus qu’à faire un saut au centre social, où il confirmera ses coordonnées, et discutera de sa situation financière et familiale. Une série de questions simples (possession de terres, d’animaux, étendue de la garde-robe, maladie récente dans la famille…) permettent d’évaluer de façon assez précise la situation de la famille de Buy, et de lui fournir une aide appropriée.

A l’image de Buy, ce ne sont pas moins de 5.000 patients qui reçoivent chaque année des soins dans les centres de Handicap International. Bien sûr, le travail le plus long concerne les nouveaux patients, lorsque par exemple ils reçoivent une prothèse pour la première fois. Mais chaque patient devra bénéficier d’un suivi à long terme, souvent toute sa vie. C’est pourquoi le travail des centres de revalidation consiste aussi pour bonne part en des visites à domicile ou des réparations d’appareillages. Un suivi dont le personnel des centres se charge avec professionnalisme, conscient du caractère essentiel de ce travail.

Tandis que des résidents du centre entament une partie de pétanque, Buy repart avec le sourire vers son village. A cette saison, le travail ne manque pas, et sa famille compte sur son aide…

Pour aller plus loin

Première mondiale belge : des drones détecteurs de mines
X. Depreytere - H.I.
Mines et autres armes

Première mondiale belge : des drones détecteurs de mines

Handicap International et son partenaire Mobility Robotics ont pour la première fois localisé des mines sous terre à l’aide de drones munis de caméras infrarouges. Expérimentée au Tchad depuis février cette technologie devrait permettre, à terme, de réduire considérablement la durée des opérations de déminage et de sécuriser davantage le travail des démineurs. Une avancée majeure et révolutionnaire pour les acteurs du déminage !

 « Je considère ma prothèse comme ma vraie jambe. »
© Davide Preti/HI
Réadaptation

« Je considère ma prothèse comme ma vraie jambe. »

Il y a dix ans, Maryse (44 ans) a été blessée suite au séisme qui a frappé Haïti et a perdu sa jambe droite. Depuis, elle a gardé le moral. Aujourd’hui, elle n’a pas honte de sa prothèse.

« Avec la guerre, les gens se sont renfermés sur eux-mêmes… » Mines et autres armes Réadaptation

« Avec la guerre, les gens se sont renfermés sur eux-mêmes… »

Suad Al-Qadri est conseillère en soutien psychosocial pour HI à Sana’a, au Yémen. Elle témoigne de la condition mentale des patients aidés par HI et des conséquences des bombardements sur la santé psychologique des habitants de la ville.