Accès direct au contenu

Dominique, du désespoir à l'espoir

Mines et autres armes Santé
Sénégal
Après avoir perdu sa jambe dans un accident de mine, Dominique s'est longtemps senti dépressif et inutile. Mais ce père de quatre enfants a repris sa vie en main. Handicap International a déminé son village du Sénégal en 2011 et a lancé de nouvelles opérations  de déminage dans sa région.
Dominique, sa femme, 3 filles et un fils, posent assis contre un tronc d'arbre

Après avoir perdu sa jambe dans un accident de mine, Dominique s'est longtemps senti dépressif et inutile. Mais ce père de quatre enfants a repris sa vie en main. Handicap International a déminé son village du Sénégal en 2011 et a lancé de nouvelles opérations  de déminage dans sa région.

9 heures, un matin de 2004, Dominique Gama, qui a alors 25 ans et qui est papa d’une petite fille, défriche une parcelle de terre pour la cultiver. Il va chercher de l’eau au puits situé aux abords de son village. Cet acte banal va changer le cours de sa vie.

Un, deux, trois pas… le quatrième a été fatal. Une mine enterrée sur son chemin s’enclenche à son passage et provoque aussitôt une violente déflagration qui le projette au sol et le blesse très grièvement à la jambe. Malgré la violence de l’explosion, Dominique ne perd pas conscience et comprend ce qui vient de lui arriver : « Ma première réaction a été de prévenir ma petite fille qui était en train de tresser des paniers pas très loin, elle s’est précipitée pour me venir en aide, je lui ai crié : non, non, non, n’approche pas ! Il y a surement d’autres mines enterrées ici ! ».

Dominique a ensuite tenté de s’extraire de ce terrain piégé : « J’ai rampé, rampé… et suis aller me réfugier un peu plus loin, dans un endroit qui me semblait plus sûr. J’ai ensuite attendu près de 3 heures, allongé sur le torse et foudroyé par la douleur avant que des militaires me conduisent à l’hôpital. Personne n’osait m’approcher. »

L’incident illustre combien le danger des mines est pernicieux en Casamance, une région du Sénégal déchirée pendant 25 ans par un conflit armé. « Les mines sont placées de manière totalement aléatoire. On peut en trouver dans des bois, des vergers, des champs, aux abords des puits, des routes. N’importe où sans logique apparente parfois », explique Aziz Sy, le chef des opérations de déminage de Handicap International au Sénégal.

« Je ne ressemblais même plus à rien »

Après un mois d’hôpital, Dominique tente de se reconstruire : « Sur le coup, j’ai vraiment perdu espoir. Je me disais que c’était fini pour moi, qu’à présent je n’étais plus comme avant… Qui allait m’aider pour mes enfants ? Quand bien même tout le monde me disait que tout irait mieux une fois que je remarcherais à l’aide d’une prothèse... Je savais que je ne pourrais plus travailler aussi durement qu’avant, que je ne pourrais plus faire de sport… ».

Il aura fallu cinq ans à Dominique pour reprendre un semblant de confiance en lui et retrouver une activité stable : « J’ai dû affronter le regard des autres sur mon handicap. Je me disais : c’est l’accident qui m’a changé, avant j’étais comme eux. Au final, je ne suis pas si différent, peut être qu’ils marchent mieux que moi mais sinon nous sommes les mêmes. Je travaille comme eux. »

S’il affirme avoir laissé ses angoisses loin derrière lui, Dominique fend l’armure quand on lui demande d’évoquer ses passe-temps : « Avant mon accident j’adorais le foot, j’y jouais beaucoup. Maintenant quand je vais au terrain de football, que je regarde les joueurs, j’ai les larmes aux yeux… »

Le déminage, source de développement

De 2007 à 2012, Handicap International a déminé 1,8 millions de m² de terres en Casamance. Notre organisation relancé de nouvelles opérations en décembre 2015 pour nettoyer trois zones d'un total de 55.000 m² pour assurer le bien-être des 60.000 habitants qui y vivent.

En 2011, Handicap International a déminé l’ensemble du village de Dominique et ses environs, environ 35.000 mètres carrés, ce qui représente cinq terrains de football. Les maisons et les parcelles cultivées se sont ensuite multipliées. Le village est depuis florissant.

Dominique aussi a petit à petit repris confiance en lui et retrouvé le chemin de la prospérité.

Sa famille s’est agrandie avec trois nouveaux enfants. Comme beaucoup de villageois Dominique cultive aujourd’hui le bissap (variété d’oseille). Il produit du vin de noix de cajou. Et il vient de se lancer dans l’élevage porcin. Une truie et trois petits marcassins seront bientôt dans une porcherie qu’il vient de construire : « J’aime beaucoup le métier d’éleveur, mon rêve serait d’ouvrir une grande porcherie. Par la suite, j’aimerais également élever des volailles, tout cela pour assurer un avenir heureux à ma famille, qui va d’ailleurs s’agrandir prochainement : ma femme attend un cinquième enfant ».

Pour aller plus loin

Sous-munitions : des armes faites pour provoquer des massacres
© D. Kremer / HI
Mines et autres armes Urgence

Sous-munitions : des armes faites pour provoquer des massacres

Publié cette semaine, le rapport 2020 de l’Observatoire des sous-munitions révèle que de nouvelles attaques utilisant des armes à sous-munitions ont continué à se produire en Syrie en 2019. Les victimes sont toujours des civils, indique le rapport. Les utilisations récentes dans la guerre Arménie-Azerbaïdjan montrent que le combat pour éradiquer cette arme est loin d'être terminé.

Rapport 2020 de l’Observatoire des mines : « Le COVID-19 perturbe l'action contre les mines »
© Tannourine / HI
Mines et autres armes

Rapport 2020 de l’Observatoire des mines : « Le COVID-19 perturbe l'action contre les mines »

Le rapport 2020 de l'Observatoire des mines fait état d'un nombre élevé de victimes de mines, la majorité des victimes étant des civils. Mais la pandémie de COVID-19 a entraîné des défis imprévus.

Quand tombe la bombe
© Martin Crep/HI
Mines et autres armes

Quand tombe la bombe

Aujourd'hui, 90% des victimes des bombardements sur les zones densément peuplées sont des civils. Quel est le prix payé par la population lors des conflits aujourd'hui ? Quelles sont les solutions ?