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Grandir avec un handicap dans un contexte d’insécurité

Réadaptation
Burkina Faso

Kotime et sa mère sont des lionnes. Malgré le handicap, la guerre, l’exode et le rejet de leur famille, elle se battent avec l’aide de HI pour une vie meilleure !

© Olivier Czar KATONA / HI

A l’âge de neuf ans, Kotime a subitement perdu l’usage de ses jambes. A la même période, sa famille a quitté son village natal pour fuir les attaques djihadistes. HI a pris en charge la jeune fille et soutient sa famille.

La famille de Kotime vivait paisiblement dans un village de la région du Sahel qui est devenu le théâtre d’attaques djihadistes de plus en plus fréquentes. En 2019, le destin s’est acharné sur la famille. Le village a subi une énième attaque très violente alors que l’état de Kotime venait de se dégrader subitement. La petite fille s’est retrouvée privée de l’usage de ses jambes quelques semaines avant que sa famille décide de fuir et de venir se réfugier dans la région du centre nord du Burkina Faso.

Mariam, la mère de Kotime, s’est battue contre vents et marées pour sa fille et toutes deux sont très complices. Depuis que leur route a croisé celle de l’équipe du projet "Action Humanitaire Inclusive" de HI, leur vie devient plus facile, et Kotime retrouve plus de mobilité.

« Kotime était devenue un poids et notre famille me le reprochait »

 « J’ai séjourné environ 3 mois à l’hôpital pour les soins de ma fille. Ma belle-famille menaçait de me répudier parce que j’avais abandonné mon foyer pour faire soigner une enfant qui ne retrouverait peut-être jamais l’usage de ses jambes. Ils disaient également que Kotime n’était pas mon seul enfant. J’ai donc été obligée de ramener ma fille à la maison. » explique Mariam, 35 ans, la mère de Kotime. « Puis, une nuit, les groupes armés sont entrés dans notre village, ont tué les gens, emporté nos animaux et nous avons été obligés de quitter le village. J’ai beaucoup souffert car j’étais enceinte et j’avais Kotime et sa sœur à porter pour fuir… »

Kotime grandit dans un contexte d’insécurité et de grande pauvreté

« Une fois arrivés ici, nous avons vendu tous les animaux qui nous restaient pour nous nourrir. Cela fait longtemps que nous sommes là. Mon mari ne travaille pas. De temps en temps, je ramasse du sable pour le vendre ou bien je pars en ville pour laver des habits pour assurer l'alimentation de mes enfants et acheter du savon.  Nous bénéficions parfois d’aide de la part du gouvernement et d’ONG. C’est comme ça que j’ai rencontré l’équipe HI, qui organisait une sensibilisation sur le handicap. C’est ainsi que Kotime a été identifiée. Je venais juste d’accoucher. Je portais mon bébé dans le dos et Kotime dans mes bras. Je l’emmenais dans les lieux de culte et je priais en espérant la voir marcher à nouveau. » poursuit Mariam.

A 11 ans, Kotime, n’est jamais allée à l’école

« Kotime n’a jamais été scolarisée. Quand ma fille avait sept ans, l’âge d’entrer à l’école, les écoles de notre village étaient déjà fermées à cause de l’insécurité. Deux ans plus tard, elle est tombée malade, ce qui a entrainé la paralysie de ses membres inférieurs. » explique la mère de Kotime.

HI a dû mettre en place une médiation entre Mariam et sa belle-famille pour le bien de Kotime

Par plusieurs fois, HI a dû venir soutenir Kotime et sa maman à obtenir l’accord de la famille afin de commencer la rééducation de la fillette.

« L’agent de sensibilisation de HI est d’abord venue discuter pour comprendre la situation de Kotime. Elle nous a référées au centre de réadaptation fonctionnelle, mais ma belle-famille s’est opposée à cette démarche. HI a fait tout son possible pour la convaincre en lançant une médiation. L’agent est venue à nouveau pour rencontrer les frères de mon mari, mais mon beau-père n’était pas là. Quand il a appris la nouvelle, il s’est opposé farouchement à notre projet. Il a fallu d’autres rencontres avec la famille et même l’intervention du directeur du centre de réadaptation et d’un religieux, pour convaincre ma belle-famille ! Mais aujourd’hui tout a changé, enfin ! » poursuit Mariam.

Les résultats des séances de réadaptation et de l’appareillage ne se font pas attendre !

Très volontaire, Kotime participe deux fois par semaine à des séances de rééducation. HI lui a fourni un fauteuil roulant manuel et un déambulateur, tandis que le directeur du centre de réadaptation, également très mobilisé, lui a offert des orthèses. Aujourd’hui, avec son fauteuil, elle peut à nouveau participer à la vie quotidienne de la famille. Elle arrive même à faire quelques pas toute seule. Tandis que, n’ayant plus à la porter continuellement, Mariam se porte mieux et peut se consacrer plus facilement à toute sa grande famille.

« Le fauteuil roulant a changé la vie de Kotime, et aussi la mienne ! Avec lui, je peux amener ma fille partout sans me fatiguer, et grâce aux séances de rééducation Kotime recommence un peu à marcher, même si elle ne fait pas de longues distances. Elle retrouve une vie normale, elle peut m’aider à faire la vaisselle et surtout aller jouer avec ses camarades. Ses amis la ramènent à la maison après avoir fini de jouer. Je suis très fière d’elle. » conclut cette mère qui, envers et contre tous, a remué ciel et terre pour redonner l’espoir à sa fille !

Ces propos ont été recueillis par Pascaline Nongbzanga TAPSOBA, Chargée du volet mobilisation communautaire et inclusion de HI au Burkina Faso.

Publié le : 13 octobre 2021

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