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«Les organisations humanitaires ne voient pas les personnes handicapées ou âgées»

Handicap International participe depuis septembre 2014 au programme Compétence Âge et Handicap (ADCAP). Ce projet vise à développer les compétences des organisations humanitaires pour mieux prendre en compte les personnes handicapées et/ou âgées dans leurs programmes d’urgence. Ricardo Pla Cordero, référent technique "inclusion dans l’action humanitaire" à Handicap International, explique l’importance de ce projet.
Une kinésithérapeute de Handicap International soutient le moignon d'un vieil homme allongé sur un matelas devant un mur coloré

Handicap International participe depuis septembre 2014 avec six autres organisations humanitaires réunies en consortium [1] au programme Compétence Âge et Handicap (ADCAP). Ce projet vise à développer les compétences des organisations humanitaires pour mieux prendre en compte les personnes handicapées et/ou âgées dans leurs programmes d’urgence. Ricardo Pla Cordero, référent technique inclusion dans l’action humanitaire à Handicap International, explique l’importance de ce projet.

En quoi consiste le projet ‘Age & Disability Capacity’ ?

Ricardo Pla Cordero: Il s’agit d’un projet de trois ans qui a pour objectif de renforcer la capacité des organisations humanitaires à inclure [2] les personnes handicapées et/ou âgées dans leurs programmes d’urgence. Il prévoit la conception de documents, comme un manuel de directives et normes, à l’image du manuel SPHERE, et des guides et modules de formation.

Pourquoi ce projet est-il nécessaire ? 

RPC: Les organisations humanitaires n’ont pas toujours la compétence pour identifier et inclure dans leurs réponses à l’urgence les personnes handicapées et les personnes âgées. Bien souvent, elles ne les « voient » pas et ne sont pas capables d’identifier leurs besoins, de repérer les obstacles auxquelles elles font face pour accéder à l’aide.

Que voulez-vous dire par « les organisations humanitaires ne voient pas les personnes handicapées et les personnes âgées » ?

RPC: Imaginez que vous faites une évaluation pour lancer un nouveau projet. Vous menez du porte-à-porte dans un village pour identifier les habitants et leurs besoins. Vous demandez à un chef de famille s’il a un enfant handicapé. Il vous répondra non, même si c’est en vérité le contraire. Car la honte sociale sur le handicap est très forte dans ce pays. Vous ne serez pas capable d’identifier les besoins de cet enfant qui à cause de la stigmatisation qui pèse sur son handicap reste tous les jours enfermé à la maison.

Si, en revanche, vous demandez à ce chef de famille si quelqu’un dans son entourage a du mal à se déplacer, à communiquer, etc., vous avez plus de chance d’obtenir une réponse. On voit là toute la difficulté pour les ONG de rentrer en contact avec les personnes handicapées, de les atteindre, de savoir qu’elles existent…

Pourtant, les urgentistes mènent des projets pour tout le monde, sans discrimination?

RPC: En théorie, oui. Mais en réalité, ce n’est pas si vrai. Les organisations humanitaires n’ont pas toujours les compétences pour repérer les situations de discrimination, les contraintes liées à l’environnement, etc. Et elles mènent souvent des actions dont les personnes handicapées et/ou âgées ne peuvent pas bénéficier. Prenez une distribution de nourriture effectuée au moment d’une famine. On ouvre le camion et on distribue des sacs de riz. Simple et efficace. Mais encore faut-il pouvoir avoir accès à l’information sur cette distribution, vous y rendre, transporter le sac… Comment fait une personne âgée, malentendante ou malvoyante ?

Que fait alors le consortium pour rendre les ONG plus inclusives ?

RPC: Nous avons rédigé un manuel [3], actuellement à l’état de pilote, compilant les normes permettant d’inclure les personnes handicapées et/ou âgées aux programmes d’urgence et de rendre les services accessibles.

Nous avons  également créé un site de formation en ligne, encore en phase de test, pour les ONG et un document de sensibilisation sur le problème de l’âge et du handicap en situation d’urgence. Enfin, plusieurs « référents inclusion » accompagnent des projets pilotes menés par des ONG au Kenya et au Pakistan. Leurs retours nous permettront de mettre à jour le manuel.

[1] Christian Blind Mission, DisasterReady.org, Handicap International, HelpAge International, le Comité international de la Croix Rouge (CICR), Oxford Brookes University et RedR U.K.
[2] On qualifie d’ « inclusif » toute action, programme ou politique qui prend en compte les besoins des personnes handicapées.
[3] http://www.hiproweb.org/uploads/tx_hidrtdocs/Minimum_Standards_Age_DisabilityInclusion_July2015.pdf

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