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Ouganda: « Après l’accident, je me suis senti comme un demi-homme »

Réadaptation
Ouganda
Boniface Kapindo, 60 ans, habite un petit village à la frontière avec le Congo. Ce père de 14 enfants cultivait autrefois des fruits et légumes dans les montagnes mais il n’y est plus jamais retourné depuis l’explosion de la mine antipersonnel qui lui aura couté ses deux jambes et son œil gauche. Il a pu bénéficier de deux prothèses au centre de réadaptation de Fort Portal soutenu par Handicap International et d’une aide psychologique dispensée par l’association.
Boniface avec prothèses

Boniface Kapindo, 60 ans, habite un petit village à la frontière avec le Congo. Ce père de 14 enfants cultivait autrefois des fruits et légumes dans les montagnes mais il n’y est plus jamais retourné depuis l’explosion de la mine antipersonnel qui lui aura couté ses deux jambes et son œil gauche. Il a pu bénéficier de deux prothèses au centre de réadaptation de Fort Portal soutenu par Handicap International et d’une aide psychologique dispensée par l’association.

A la fin des années 90, la guerre civile qui a opposé les rebelles des Forces démocratiques alliées (AFD) à l’armée régulière bat son plein. Fuyant les montagnes face à l’avancée des rebelles, Boniface Kapindo s’est réfugié dans la plaine. En février 1997, en allant ramasser des pommes de terre et des bananes dans son champ, il marche sur une mine antipersonnel. L’accident lui fait perdre ses deux jambes et son œil gauche. Boniface Kapindo doit sa survie à ses voisins courageux, qui l’extirpent du champ, courant eux-mêmes le risque de sauter sur une mine. Sur une civière de fortune, ils descendent le chemin escarpé jusqu’au village. A temps ils parviennent à installer Boniface Kapindo à bord d’un camion chargé de caisses de goyave en partance pour la ville. Ce concours de circonstances lui sauvera la vie : coincé au village, sans soins, Boniface Kapindo n’aurait pas survécu.

A son réveil à l’hôpital, le souvenir de l’explosion se rappelle amèrement à lui. Tâtant les draps, Boniface Kapindo cherche en vain ses jambes. Il remarque aussi qu’il ne voit plus que d’un œil, l’autre ayant été aveuglé par un éclat de mine. « Je me suis senti comme un demi-homme. Vous comprenez, comme un demi-homme. Il m’a fallu beaucoup de temps pour accepter ce qui c’était passé ».

Aider à accepter, c’est justement le rôle de Rose Mujungu. Elle est assistance sociale pour Handicap International. L’association intervient depuis 2009 dans le pays. Elle mène des projets de sensibilisation aux risques des mines et restes explosifs de guerre auprès des populations menacées. Les équipes de Handicap International contribuent également à l’assistance aux victimes en soutenant la distribution gratuite de prothèses et de matériel médical dans le centre de réadaptation de Fort Portal. Boniface Kapindo est l’un des bénéficiaires de ce centre. Il a pu y recevoir un appareillage adapté pour ses deux jambes. Il y rencontre d’autres victimes de mines avec lesquelles il se lie d’amitié et Rose, qui l’aide à surmonter cette terrible épreuve par des séances de soutien psychologique.

Les services dispensés par le centre n’étant pas connus de la plupart des victimes de mines antipersonnel qui habitent dans les villages isolés, Rose Mujungu et ses collègues parcourent la région et conduisent les victimes de mine jusqu’au centre.

Aujourd’hui, Boniface Kapindo retrouve goût à la vie. « J’ai eu de la chance », reconnait-il. Il a trouvé la force de construire une nouvelle vie pour sa famille. Boniface Kapindo possède aujourd’hui une petite boutique. Il y vend des denrées alimentaires, du savon et des ustensiles de cuisine. Il voudrait agrandir son magasin et économise pour pouvoir s’offrir un sol en ciment. Il rêve également d’acheter un vélo à trois roues qui lui permettrait de transporter ses marchandises. « Je pourrai mettre plus de produits en vente et aller dans d’autres villages autour du mien ». Avec ses deux prothèses, il lui est impossible de retourner travailler dans les montagnes. « Même me déplacer dans le village devient vite un parcours d’obstacles au quotidien, un défi permanent. Mais comme je suis l’un des anciens du village, les gens me respectent et me demandent souvent des conseils. Je ne me sens plus comme un demi-homme».

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