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Déminer et reconstruire la Syrie prendra des générations, mais la Belgique peut agir dès maintenant

Bruxelles, le jeudi 11 mars 2021 – 10 ans après le début du conflit, alors que les combats continuent en Syrie, le travail de reconstruction du pays s’annonce colossal : diversité et étendue des armes explosives qui polluent le territoire, infrastructures et villes détruites par les bombardements incessants, population syrienne déplacée, traumatisée et blessée… La guerre en Syrie est un exemple clair des conséquences humanitaires à long terme de l’utilisation des armes explosives en zones peuplées. Les États doivent soutenir le projet d'accord international contre les bombardements urbains, actuellement en cours de négociation, afin d’aider à mettre fin aux souffrances des civils.

L'ampleur et la diversité des explosifs qui polluent la Syrie sont sans précédent. Tous les types d’armes explosives contaminent aujourd’hui le territoire syrien, empêchant la reconstruction de nombreuses infrastructures détruites par les bombardements. En 10 ans, la majorité des grandes villes syriennes ont été touchées de manière disproportionnée par les armes explosives et les bombardements. Au moins 113 100 utilisations de munitions explosives provenant de 30 425 conflits ont été enregistrées dans les régions d'Alep, d'Idlib et de Lattaquié entre juillet 2013 et mai 2019.[1]
 
Un accord international pour stopper les bombardements en zones peuplées
Les discussions du 3 au 5 mars ont relancé le processus diplomatique visant à rédiger un accord international contre les conséquences sur les civils de l'utilisation des armes explosives en zones peuplées. Ce processus dirigé par l'Irlande et débuté en octobre 2019, avait été interrompu par la pandémie COVID-19. À ce jour, plus de 70 États, dont la Belgique, participent à l'élaboration de l'accord international.
 
"Nous sommes le témoin des souffrances humaines causées par les bombardements urbains. Il faut que cela cesse. En Syrie, mais aussi en Irak ou au Yémen, nous voyons les conséquences désastreuses pour les civils des bombardements et des pilonnages massifs dans les villes. HI a participé aux victoires décisives contre les mines antipersonnel (1997) et les armes à sous-munitions (2008). Nous avons maintenant une occasion historique de dire clairement STOP aux bombardements urbains. Les États doivent s'engager dans le processus diplomatique actuel en vue d'un accord international contre l'utilisation des armes explosives en zones peuplées. Ils doivent reconnaître les souffrances humaines indiscriminées causées par ces pratiques et leurs effets à long terme, » explique Alma Taslidžan Al-Osta, chargée de plaidoyer sur le désarmement et la protection des civils pour Handicap International à Bruxelles.
 
Des conséquences humanitaires effroyables
Cette situation a des conséquences humanitaires effroyables : des dizaines de milliers de morts et de blessés dont la vie a été bouleversée, des traumatismes psychologiques, des familles déchirées, des déplacements forcés de population, des infrastructures essentielles détruites comme des hôpitaux, des écoles, des ponts, etc. et une pauvreté toujours plus grande. En Jordanie, au Liban, en Irak et en Égypte, HI reste aux côtés des réfugiés syriens qui ont tout perdu et qui ont besoin d'une aide humanitaire pour survivre.
 
Au moins un tiers des maisons en Syrie sont endommagées ou détruites. Les grandes villes comme Raqqa, Alep et Homs ont été en grande partie dévastées par l'utilisation massive et intensive des armes explosives. 80 % de la ville de Raqqa a été détruite en 2017. Les bombardements massifs et continus ont laissé des millions de personnes sans domicile et les ont obligées à fuir.
 
Une contamination sans précédent
Le niveau de contamination par les restes explosifs en Syrie est sans précédent dans l'histoire du déminage : la contamination par des munitions non explosées (UXO) – c'est-à-dire des bombes, des roquettes et des mortiers qui n'ont pas explosé à l'impact, et d'autres engins explosifs tels que les mines antipersonnel et les pièges improvisés – est si grave qu'il faudra des générations pour éliminer tout danger de la Syrie : 11,5 millions de personnes vivent actuellement dans des zones contaminées par des engins explosifs.
 
La contamination par les restes explosifs de guerre empêche le retour en toute sécurité des réfugiés et des personnes déplacées en Syrie. Elle constituera également un obstacle majeur à la reconstruction du pays et à la restauration de son économie et de son tissu social. La reconstruction des villes et des infrastructures nécessitera des opérations de déminage complexes et coûteuses.
 
5,6 millions de Syrien réfugiés dans les pays voisins
Alors que les violences se poursuivent en Syrie, plus de 13 millions de personnes – dont plus de 6 millions d'enfants – ont besoin d'une aide humanitaire. L'accès aux services de base (santé, nourriture, eau potable, abris, etc.) reste une priorité absolue.
 
6,7 millions de personnes sont déplacées à l'intérieur du pays – dont beaucoup l’ont été à plusieurs reprises – ce qui représente dans le monde la plus grande population de personnes déplacées à l'intérieur d’un pays. Près d'un quart des personnes sont handicapées, soit près du double de la moyenne mondiale (15 % de la population mondiale a un handicap selon l’Organisation mondiale de la santé). 5,6 millions de Syriens sont réfugiés dans les pays voisins et dépendent fortement de l'aide humanitaire.
 
Déjà dramatique, la crise humanitaire actuelle est aggravée par une crise économique aiguë et la pandémie de Covid-19. Les personnels humanitaires luttent pour accéder à toutes les communautés dans le besoin et sont confrontés à des risques sécuritaires croissants : en 2020, 65 attaques contre des travailleurs humanitaires, dont près de la moitié ont été tués, ont été recensées. Concernant la pandémie de Covid-19, on estime à au moins 100 000 le nombre de cas de Covid-19 sur le seul territoire contrôlé par le gouvernement syrien.
 
Les infrastructures médicales ayant été détruites par les bombardements, les services de santé ne sont pas en mesure de faire face à cette crise supplémentaire. Seule la moitié des hôpitaux et des centres de soins en Syrie sont pleinement fonctionnels.

Handicap International appelle les États à participer aux discussions et à soutenir un accord fort pour garantir la protection des civils contre ces bombardements. Cette situation doit cesser. 


[1] https://storymaps.arcgis.com/stories/a5b4613b6a274748b158f6b2f5645b72

Publié le : 7 avril 2021
Diana Diana Diana Diana

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