Kobane : la vie au milieu des restes explosifs de guerre

Des enfants de 3 ans reconnaissent déjà une bombe

  • Différents paquets qi ressemblent à des pots ronds emballés dans du plastique déposés dans un coffre
  • Une femme avec une brochure de sensibilisation, qu'elle montre aux enfants qui l'entourent

A Kobané, la vie reprend au milieu des décombres et des restes explosifs de guerre. Handicap International  a entamé une course contre la montre pour sensibiliser les populations aux risques encourus et pour former des démineurs locaux qui rendront la ville et les champs environnants à ses habitants. Maelle qui coordonne les projets de Handicap International sur place nous décrit la situation.

Avant son entrée à Kobané, Maelle avait été prévenue par un collègue : « Tu vas voir, la ville a l’air d’avoir subi cinq tremblements de terre consécutifs. » Mais après bientôt 4 mois, elle s’est habituée à l’environnement : « Aujourd’hui, c’est lorsque je rentre dans la ville en présence d’une personne qui y pénètre pour la première fois que je reprends conscience de l’ampleur des destructions. En voyant l’effroi dans ses yeux je me souviens avoir eu la même réaction à mon arrivée.»

Vivre au milieu des ruines

Pourtant les choses changent très vite et au milieu des ruines, la vie se réorganise déjà. « La ferveur de la population pour cette région est extraordinaire. Les gens rentrent parce qu’ils veulent être sur leur terre, déblayer les routes, rouvrir les marchés, les hôpitaux, les écoles… Tout va très vite et s’il faut s’en réjouir."

Mais à Kobane, le début de cette reconstruction n'est pas sans dangers : "Il faut aussi être conscient que la zone est une de celles qui contiennent la plus importante quantité au monde de restes explosifs de guerre par mètre carré. Le retour des populations doit donc être accompagné, d’actions de sensibilisation aux risques que présentent ces restes explosifs ; ceux-ci doivent être signalés, puis neutralisés, et le déblaiement doit être organisé de manière à éviter de faire exploser ceux qui sont sous les gravats. Ce sont ces défis que nous tentons de relever. »

Risque d'accoutumance

Sur place, Handicap International fait partie des rares ONG à mener des opérations, mais la tâche ne peut attendre. Des actions de sensibilisation aux risques sont menées aux points de passage à la frontière lors du retour des réfugiés, des séances individuelles sont même organisées dans la ville, maison par maison, pour prévenir au maximum les accidents. « Les habitants sont très réceptifs et ils connaissent déjà bien les risques. J’ai été frappée de rencontrer des enfants sachant à peine parler et qui étaient déjà capables d’identifier les engins explosifs dans une liste d’objets" explique Maelle.

"Chacun a chez lui ou chez un proche un reste explosif de guerre ou un piège explosif avec lequel il cohabite en attendant de pouvoir le détruire ou le retirer. Le problème, c’est que les habitants de Kobané se sont habitués à la présence de ces engins et qu’ils finissent par minimiser les risques qu’ils représentent. Nous sommes là pour les amener à prendre un maximum de précaution et pour organiser le déminage de façon sécurisée. »

Un travail de longue haleine

Des démineurs sont actuellement formés et accompagnés par des instructeurs de Handicap International et ils devraient être opérationnels rapidement. « Ce sont des personnes originaires de Kobané et des environs de la ville et c’est important pour nous parce que les opérations vont prendre beaucoup de temps. Nous savons que quelle que soit l’énergie que nous déployons, on continuera de trouver des restes explosifs dans plusieurs années et il faut que des personnes soient alors toujours en mesure de les neutraliser."

"L’exposition très importante de Kobané dans les médias a suscité beaucoup d’espoirs, mais nous devons nous préparer à une intervention longue qui demandera beaucoup d’énergie et de patience. Le déminage, le déblaiement des milliers de tonnes de gravats cachant souvent des engins explosifs, puis la reconstruction, vont prendre du temps et nécessiter des moyens importants.»