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Kengkeo Boualephavong : «Je vois des villages entiers retrouver enfin la paix»

Mines et autres armes
Laos
Tous les jours, Kengkeo Boualephavong s’engage avec ses équipes de démineurs pour collecter les informations, identifier les zones dangereuses et détruire les restes explosifs de guerre . Chef des opérations de dépollution  depuis huit ans pour Handicap International Laos, ses actions permettent aux populations de retrouver une vie sure et de favoriser le développement économique des zones sécurisées.
Kengkeo montre un morceau de la bombe qu'il vient de détruire

Tous les jours, Kengkeo Boualephavong s’engage avec ses équipes de démineurs pour collecter les informations, identifier les zones dangereuses et détruire les restes explosifs de guerre . Chef des opérations de dépollution  depuis huit ans pour Handicap International Laos, ses actions permettent aux populations de retrouver une vie sure et de favoriser le développement économique des zones sécurisées.

Kengkeo, 42 ans, les épaules larges et le regard sombre, est le chef de toutes les opérations de dépollution de Handicap International au Laos. Marié, père de trois enfants, il travaille depuis 16 ans dans l’univers du déminage et depuis huit pour l’association. « Je suis né dans le pays le plus ravagé au monde par les sous-munitions.  Enfant, j’ai vu beaucoup de restes explosifs de guerre près de mon village et je savais que ces engins faisaient des ravages ! Tous les jours, les chefs de villages recensaient de nouveaux accidents. Quand j’ai eu 26 ans, le gouvernement a lancé une grande campagne de recrutement pour dépolluer le pays. Je ne connaissais pas les techniques utilisées à l’époque mais je voulais vraiment participer à ce combat. Je me suis engagé, j’ai été formé pendant six mois et j’ai enfin eu un détecteur dans les mains pour retirer ces instruments de morts. Seize ans plus tard, je suis toujours aussi engagé dans mon travail. Je dirige maintenant une quarantaine de personnes à Handicap International : enquêteurs, démineurs, experts en explosifs et personnel de santé pour intervenir en urgence en cas d’accident. Je suis très fier des équipes qui travaillent à mes côtés.  De l’aube au coucher du soleil, je ne les vois jamais se démotiver malgré l’ampleur de la tâche. C’est un honneur de collaborer avec ces hommes et ces femmes qui offrent un nouvel avenir à des milliers de Laotiens.  » 

Sur le terrain

Ce jour là, Kengkeo accompagne l’équipe de dépollution mobile à Po Say, un petit village de la province de Savannaketh, pour détruire une trentaine de sous-munitions BLU26, des sous-munitions américaines utilisées pendant la guerre du Vietnam : « Une première équipe enquête dans tous les villages des trois districts où nous intervenons et interroge les habitants sur tout objet suspect qu’ils auraient identifiés. L’équipe vérifie la nature des objets en question et marque la zone s’il s’agit d’un reste explosif de guerre. Une seconde équipe intervient, comme c’est le cas dans ce village, pour procéder à la destruction des engins non explosés recensés. Nous les relions à une charge TNT, puis nous coupons tout accès à la zone sur 300 mètres. Grâce à un mégaphone, nous avertissons les populations, maison par maison, qu’elles doivent évacuer les lieux et rester derrière les rubans de sécurité. Nous déroulons le câble entre la charge d’explosif et le détonateur pour déclencher l’explosion. Nous pouvons procéder à une vingtaine de destructions dans la même journée. La dépollution est un travail long et dangereux mais je savais dans quoi je m’engageais. La peur fait partie du quotidien, mais je connais les règles de sécurité et je ne baisserai jamais les bras.»

Même si les équipes de Handicap International avancent très vite, le problème des restes explosifs de guerre est d’une telle ampleur au Laos que les journées ne sont pas assez longues pour que toutes les sollicitations soient prises en compte : « Il y a tellement de sous-munitions à retirer que c’est parfois frustrant de devoir demander aux habitants d’un village d’attendre avant que nous puissions intervenir. Nous ne pouvons pas être partout. Par exemple, à quelques kilomètres de ce village, des habitants d’une localité attendent depuis une semaine que nos équipes soient disponibles pour dépolluer la route et le terrain qui doit servir à la construction de la nouvelle école. Les populations comptent sur nous pour leur permettre d’agrandir les rizières, de construire un hôpital ou un pont. Déminer permet à la vie de reprendre le dessus, aux habitants d’imaginer une vie sure pour leurs enfants et de concevoir des projets de développement. Je vois le travail avancer et des villages entiers retrouver enfin la paix, 40 ans après la fin des bombardements. Enfin !» 
 

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