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Syrie : «Je veux mourir, mais Dieu ne veut pas de moi...»

Urgence
Syrie
A 92 ans, malgré un état de santé fragile et le chagrin qui ne le quitte plus, Mousa, réfugié en Jordanie depuis mai 2013, fait encore preuve d’une grande vivacité lorsqu’il raconte les événements de ces trois dernières années.
Mousa dans son lit

A 92 ans, malgré un état de santé fragile et le chagrin qui ne le quitte plus, Mousa, réfugié en Jordanie depuis mai 2013, fait encore preuve d’une grande vivacité lorsqu’il raconte les événements de ces trois dernières années.   

Mousa et sa famille sont originaires de Deraa, dans le sud de la Syrie. En septembre 2012,  la ville subit de nombreux bombardements, obligeant les habitants à se réfugier dans des abris souterrains. Un jour, en tentant de courir pour rejoindre l’abri le plus proche de chez lui, Mousa tombe et se fracture la hanche. On lui pose une hanche artificielle mais sans kinésithérapie post-opératoire.

"Tuez-moi si vous voulez"

Quelques temps après, les bombardements se font de nouveau entendre et il faut fuir pour se mettre à l’abri. Mousa décide de ne pas y aller et de rester chez lui.  Une bombe détruira une partie du toit de la maison, mais les enfants de Mousa le retrouveront sain et sauf. Les jours suivants, les bombardements recommencent et malgré les injonctions de son fils de se mettre à l’abri, Mousa refuse de le suivre. « J’ai dit à mon fils que j’étais vieux et que si je devais mourir, et bien je mourrais ! Mon fils m’a dit alors que des hommes armés pouvaient rentrer dans la maison et me faire du mal. Et bien qu’ils viennent lui ai-je répondu, je les attends. De toute façon, ils ne me feront rien, je suis vieux, ils n’oseront pas.» Dans les heures qui suivent, Mousa vivra un véritable cauchemar. Des hommes armés pénètrent chez lui, le jettent en bas de son lit et lui assènent des coups de crosse de fusil. A ce moment-là, une bombe tombe sur la maison et est stoppée par une armoire, juste à côté de Mousa. Les hommes hurlent, Mousa les défie : « Tuez-moi si vous voulez ». Deux balles sont tirées qui viennent se loger dans le cadre du lit. Une seconde bombe explose sur la maison, les hommes partent, des voisins accourent et transportent Mousa à l’aide d’une brouette dans une maison voisine.         

Voués à l'exil ?

Quelques mois plus tard, toute la famille – dont le vieil homme – se réfugie en Jordanie. Ils sont accueillis dans le camp de Zaatari, où ils ne restent que quelques jours, puis s’installent à Irbid, où ils vivent toujours aujourd’hui. Six des huit enfants de Mousa sont toujours en Syrie, et le lien est difficile à entretenir, tant les communications téléphoniques sont aléatoires.
Toute sa vie durant, Mousa a travaillé dur. L’heure de la retraite venue, Mousa a pu enfin profiter d’un repos bien mérité. Jamais il n’aurait pensé voir sa maison détruite et devoir fuir son pays. Et certains jours, le moral en berne, il répète inlassablement à ses proches « le mieux serait de mourir maintenant, mais Dieu ne veut pas de moi… ».

Mousa et sa famille vivent à neuf dans un immeuble précaire qui n’a jamais été achevé, dans la banlieue d’Irbid. Mousa se déplace uniquement à l’intérieur de la maison, de son lit à la salle de bain, car depuis sa fracture à la hanche, il a peur de tomber. Pour l’aider à retrouver plus de mobilité, les équipes de Handicap International lui ont fourni un déambulateur et un fauteuil roulant. Elles ont également sensibilisé ses proches pour qu’ils l’encouragent davantage à se déplacer, à tenter de dépasser ses craintes. Grâce à Handicap International, Mousa a pu bénéficier d’un soutien financier mensuel. Une petite somme qui aide à payer le loyer, se nourrir et pouvoir acheter quelques médicaments.
Malgré sa grande tristesse, Mousa retrouve cependant un peu de joie de vivre lorsqu’il est entouré de ses petits-enfants. Fort de son expérience, il tente de leur prodiguer quelques conseils pour leur vie future, même si au fond de lui, il sait qu’elle sera peut-être vouée à l’exil pour longtemps. 

 

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