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«Comme un poisson hors de l'eau»

Réadaptation Santé Urgence
Liban Syrie
Ali, 20 ans, a été victime d’un bombardement en 2013. Ce jeune réfugié syrien, désormais paraplégique, vit avec sa famille dans un camp de fortune situé dans la vallée de la Bekaa (Liban). Une équipe de Handicap International intervient depuis plusieurs mois auprès d’Ali, pour l’aider à vivre avec son handicap.  
Ali, un jeune homme aux cheveux foncés coupés courts, habillé avec un training, assis dans une chaise roulante, son petit frère sur  les genoux. Ils se trouvent sous une tente.

Ali, 20 ans, a été victime d’un bombardement en 2013. Ce jeune réfugié syrien, désormais paraplégique, vit avec sa famille dans un camp de fortune situé dans la vallée de la Bekaa (Liban). Une équipe de Handicap International intervient depuis plusieurs mois auprès d’Ali, pour l’aider à vivre avec son handicap.  

Le printemps s’installe au Liban et la neige qui habillait les montagnes de la Bekaa pendant l’hiver a laissé place à des étendues de verdure illuminées par le soleil. Au milieu des champs, des campements se multiplient depuis plusieurs années. On en compte près de 4.000 dans le pays, dont environ 2.500 éparpillés dans la Bekaa.

Aujourd’hui, l’équipe de Handicap International se rend à Majdel Anjar, au centre de la vallée, pour y rencontrer Ali. Le jeune homme accueille Elias, assistant social, et Cynthia, kinésithérapeute, devant la tente qu’il habite avec sa famille.

Fuir la guerre malgré la paralysie

En Syrie, Ali travaillait dans les champs, mais il ne pensait pas qu’il vivrait un jour dans cet environnement, et surtout au Liban. Il a suffi de quelques secondes pour que sa vie bascule. Les bras croisés et le regard las, il raconte : « Nous revenions de la mosquée avec mon père ce jour-là, et nous avons décidé d’aller rendre visite à nos voisins. A peine étions-nous arrivés dans leur appartement, qu’une bombe nous est tombée dessus. Mes voisins sont tous morts, mon père est devenu partiellement sourd et des éclats d’obus ont traversé mon dos pour se loger dans ma colonne vertébrale. »

Fatih, le père d’Ali, poursuit : « Une ambulance est immédiatement venue nous chercher et nous a emmenés à l’hôpital. Ali y est resté trois jours, puis plusieurs mois alité, à la maison. Pendant ce temps, les bombardements s’intensifiaient et notre ville s’est, peu à peu, faite assiéger. Nous avons alors compris que la situation devenait trop dangereuse. J’ai vendu mon magasin et quelques semaines plus tard, nous arrivions au Liban. »

L’équipe de Handicap International a été informée de la situation d’Ali peu après son arrivée dans le pays. Le jeune homme a suivi plusieurs séances de kinésithérapie et l’association lui fait régulièrement don de matériel médical (tel qu’un matelas anti-escarres, un lit ou encore des crèmes cicatrisantes) lui permettant de faciliter son quotidien et de panser ses plaies.

“ Ici, nous sommes des étrangers”

Aujourd’hui, Cynthia s’enquière des blessures dont souffre encore Ali pendant qu’Elias discute avec lui et sa famille. L’assistant social décèle une certaine détresse chez le jeune homme qui, au fil des années, a compris qu’il ne remarcherait jamais. Elias préconise des séances de soutien psychosocial à Ali, en complément de la kinésithérapie.

« Il m’a fallu du temps pour comprendre ce qui m’arrivait. Je n’ai rien pris avec moi quand je suis parti de Syrie, je pensais que cela ne durerait qu’un temps et que le Liban représenterait une période transitoire où je me remettrai sur pieds… », confie le jeune homme, lorsqu’il ne pianote pas sur son téléphone portable pour discuter avec ses amis, eux aussi réfugiés dans d’autres pays.

En Syrie, Ali ne savait ni lire, ni écrire. Mais lorsqu’il a quitté son pays, il a voulu garder contact avec ceux de son entourage qui, comme lui, avaient dû fuir. Ils communiquent désormais à travers les réseaux sociaux et les dernières applications, partageant leurs sentiments face à leur statut de réfugiés… « Mes amis vivent dans différents endroits du monde maintenant, explique Ali. Ces nouveaux pays ne sont pas les nôtres, nous y sommes étrangers. Nous sommes comme des poissons hors de l’eau.»

Ali regarde avec tendresse son petit frère Mohammad, assis sur ses genoux. Insouciant, le petit garçon ne se rappellera pas de la guerre. Il aura grandi au Liban et apprendra ce qu’était son pays au fil du temps, à travers les récits de sa famille.

Aider les Syriens au Liban

Ali éprouve encore des difficultés à surmonter son handicap. L’équipe de Handicap International, préoccupée par ses traumatismes, continuera à lui rendre visite. Le soutien de l’association est essentiel pour les réfugiés au Liban. A travers les sessions de kinésithérapie, d’ergothérapie et de soutien psychosocial qu’elle propose et les aides à la mobilité dont elle fait don, Handicap International aide les Syriens à se rétablir, physiquement et psychologiquement.

Les marques laissées par le conflit sont encore visibles sur le corps et dans les esprits, mais le travail des équipes mobiles permet de venir en aide et de redonner peu à peu espoir, à des personnes comme Ali.

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