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« Le handicap n’est pas contagieux »

Kenya
Fatma Wangare menait une belle carrière dans le secteur hôtelier. La naissance de sa fille handicapée mentale et les nombreux obstacles auxquels elle a dû faire face pour sa scolarisation et sa prise en charge lui ont fait faire un virage à 180 degrés. Elle dirige maintenant depuis 11 ans l’Association kenyane des handicapés mentaux. Fatma, qui a bénéficié du soutien de Handicap International, revient sur la place des personnes handicapées au Kenya et son rôle dans la définition des Objectifs du développement durable (ODD) qui seront adoptés par les Nations unies le 25-27 septembre et qui inclut les personnes handicapées.
Portret van zwarte vrouw met roze hoofddoek en zwart kleed in een zaal op een spreekstoel voor de micro en voor een bordje met woord 'ngo'

Fatma Wangare menait une belle carrière dans le secteur hôtelier. La naissance de sa fille handicapée mentale et les nombreux obstacles auxquels elle a dû faire face pour sa scolarisation et sa prise en charge lui ont fait faire un virage à 180 degrés. Elle dirige maintenant depuis 11 ans l’Association kenyane des handicapés mentaux. Fatma, qui a bénéficié du soutien de Handicap International, revient sur la place des personnes handicapées au Kenya et son rôle dans la définition des Objectifs du développement durable (ODD) qui seront adoptés par les Nations unies le 25-27 septembre et qui inclut les personnes handicapées.

Quel est le plus grand défi à relever au Kenya pour une meilleure intégration sociale des personnes handicapées ?

Les gens sont déjà très peu informés sur le handicap. Ils le sont encore moins sur les droits des personnes handicapées. On ne voit le handicap que comme une maladie qui doit être traitée médicalement. La question de la dignité de la personne n’effleure l’esprit de personne. Dans la tête des gens, les personnes handicapées n’ont droit à rien.

A ceci s’ajoute que nous avons très peu d’informations statistiques sur la situation des personnes handicapées dans le pays. Où se trouvent-elles ? Quels sont les types de handicap recensés ? Quels sont leurs besoins ? Les services concernés sont très peu formés pour le recueil et la centralisation d’informations. Les problèmes sont alors mal compris et les politiques mal adaptées.  

Quelles sont les inégalités auxquelles les personnes handicapées font face ?

Au Kenya, les personnes handicapées sont marginalisées. Soit elles n’ont pas accès aux services de base. Par exemple, pour un enfant handicapé mental, il n’existe aucune école adaptée. Ou alors les bâtiments sont physiquement inaccessibles pour des personnes ayant un handicap physique... Mais les premières barrières sont celles des mentalités. Dans beaucoup de cas, personne ne veut s’occuper des personnes handicapées et on préfère ne pas voir un problème qui gêne ou qui fait peur. Un handicap, on pense parfois que cela peut être contagieux !

Quelle a été votre principale victoire pour les personnes handicapée au Kenya ?

Grâce à notre combat, le Kenya a adopté  une politique de discrimination positive pour l’emploi des personnes handicapées mais cela n’a encore eu que peu d’effet, il faut l’avouer. La Constitution du pays est pourtant plutôt progressive sur le sujet, avec un article spécifique qui réaffirme les droits des personnes handicapées. C’est la mise en pratique qui fait défaut.

Quel a été votre rôle dans la définition des Objectifs de développement durable (ODD) ?

Le processus engagé par les Nations unies pour définir les ODD a été assez compliqué. Notre association a fait partie d’un forum au niveau national qui a contribué aux débats. Nous avons pu également mener une campagne de sensibilisation de grande ampleur sur le handicap et la situation des personnes handicapées auprès de la société civile et des autorités. Cela a permis d’insister sur la nécessité d’inclure le handicap dans les prochains objectifs de développement.

Quels progrès apporteront les ODD aux personnes handicapées ?

Pour moi, c’est un cadre qui part de la réalité du terrain, c’est déjà un progrès. Les Etats et les autres organisations de développement s’engagent volontairement dans des objectifs qui intègrent les personnes handicapées. Les associations des personnes handicapées seront incontournables pour la mise en œuvre de politiques de développement inclusives.  Enfin, on fait appel à notre connaissance, on demande notre avis. C’est un tournant incroyable !

Quels sont les points de vigilance à avoir pour s’assurer que les personnes handicapées ne soient plus laissées de côté ?

Il sera très important de continuer à professionnaliser les organisations de défense des personnes handicapées, pour qu’elles soient à même de jouer le rôle de veille lors de l’implantation des Objectifs de développement durable. Et puis, nous devons continuer à sensibiliser les pouvoirs publics et la société en général sur la condition des personnes handicapées. De continuer à faire évoluer les mentalités…

En quoi votre partenariat avec Handicap International a-t-il-aidé votre organisation dans son combat ?

Le partenariat avec Handicap International a renforcé notre capacité d’organisation. Nous sommes une association plus professionnelle, avec des salariés plus compétents, de la comptabilité aux techniques de lobbying politique. Handicap International nous a formés dans de nombreux domaines. Elle a également offert à mon organisation une plateforme pour partager expériences et pratiques. Le partage d'informations avec des organisations similaires a été en toile de fond dans l'amélioration de notre travail et nous a permis de nous ouvrir à de nouvelles idées et stratégies.

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