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« Parce qu’une prothèse, ça change la vie»

Réadaptation
Haïti
« Parfois je me demande : pourquoi étais-je dans ce bâtiment au moment du séisme ? Pourquoi ai-je perdu une jambe ? Peut-être que le destin a voulu que maintenant  je donne des prothèses aux autres.» James, 25 ans, explique pourquoi il suit la formation d'orthopédiste, organisée par Handicap International en Haïti.
James occupé à fabriquer une prothèse

« Parfois je me demande : pourquoi étais-je dans ce bâtiment au moment du séisme ? Pourquoi ai-je perdu une jambe ? Peut-être que le destin a voulu que maintenant  je donne des prothèses aux autres.» James, 25 ans, explique pourquoi il suit la formation d'orthopédiste, organisée par Handicap International en Haïti.

« On était 25 dans la classe : 19 étudiants n’ont pas survécu. » James Medina, 25 ans, était dans le fameux bâtiment universitaire qui s’est complètement effondré suite au tremblement de terre du 12 janvier 2010. Plus de 1 000 jeunes auraient été tués dans ce bâtiment. Personne ne connait encore aujourd’hui le nombre exact de victimes, mais il était manifestement dramatiquement élevé. Et le traumatisme pour ceux qui ont survécu, est gigantesque. « J’ai passé toute une journée sous les décombres, les corps des cinq amis m’ont protégé. J’y pense encore chaque jour», témoigne James. « A l’hôpital, le docteur a dû couper ma jambe. »

Tôt levé, tard couché

Malgré ce douloureux souvenir, James montre une volonté admirable. Tous les jours, il se lève très tôt pour trouver un tap tap (taxi collectif) et de se rendre de Carrefour, un quartier à Port-au-Prince, vers Pétionville, où se trouve le centre de réadaptation de Healing Hands for Haïti, partenaire de Handicap International. Il suit la formation ‘technicien orthopédique’, mise en place par Handicap International. Cette formation de trois ans lui permettra d’appareiller des personnes amputées. « Les déplacements me prennent  presque 3 heures, je rentre donc très tard chez moi le soir. J’étudie la nuit, dans la cour, pendant que mes deux sœurs et mes quatre frères dorment. Ensuite, je dors 3 heures avant de devoir me lever pour repartir à l’école. Je me sens épuisé. Mais ça en vaut la peine. »
Il y a une raison pour laquelle  James est extrêmement motivé. « J’ai vu le beau travail que font les orthopédistes », se réjouit-il.  « Quelques mois après le séisme, mon moignon était cicatrisé. Je suis allé au centre de réadaptation de Handicap International. J’y ai fait beaucoup d’exercices pour préparer mon corps à une prothèse. Le jour où je l’ai essayée pour la première fois, j’ai compris immédiatement : c’est ma prothèse, ma nouvelle jambe.  Depuis ce moment, je ne me sens plus en situation de handicap.  Depuis ce moment, je n’ai plus pleuré. »

Accepter sa destinée

« Souvent ma maman pleure quand elle voit mon moignon. Elle veut me protéger tout le temps, parfois elle vient dormir à côté de moi, par terre. Je lui dis qu’il faut accepter son destin. Parfois je me demande aussi pourquoi je devais être dans ce bâtiment au moment du séisme. Mais peut-être que Dieu a voulu que ce soit mon destin que je donne des prothèses aux gens en situation de handicap. Parce que des prothèses, ça change la vie. »

James est très fier de sa prothèse. « Je la montre à tout le monde et je ne la cache pas. Parfois, quand je suis à l’église, je remonte le bas de mon pantalon, pour être plus à l’aise. Ça choque les gens autour de moi, mais je m’en fou complètement. Il ne faut pas que ma fausse jambe ressemble à une vraie jambe, je ne couvre même pas le fer. Pourquoi ?  C’est grâce à la prothèse que je peux faire ce que je veux. Donc je veux la montrer. Et je veux aider d’autres personnes qui en ont besoin. »

James a passé ses examens de la formation avec succès. Il ne lui reste quelques mois d’étude. Il travaille déjà avec des patients : « Je vois que le fait que j’ai une prothèse moi-même, rassure les patients. Les jeunes se sentent moins étranges et voient que c’est possible d’étudier et d’avoir un avenir, même si on est handicapé. En revanche, parfois je doute moi aussi. Il n’y a pas beaucoup de travail en Haïti. Est-ce que je vais trouver un travail après mes études alors que je suis en situation de handicap? Il n’y a qu’une solution : je dois devenir le meilleur de la classe. »

Et hop ! Il repart examiner son patient, Dooly. Le garçon de 5 ans a des genoux malformés et a besoin d’orthèses. La fatigue sur le visage de James a disparu. A présent, il n’y a plus qu’une chose qui compte: aider le petit, comme lui-même a reçu de l’aide après le tremblement de terre.

 

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