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" Construire une société inclusive, ça commence par une école inclusive "

Insertion
Belgique

Sandra Boisseau, spécialiste en éducation inclusive de Handicap International, sur l'approche et l'importance de l'enseignement inclusif.

Malika lit en braille sur un cahier adapté.

Malika a 10 ans et vit au Niger. Elle est malvoyante. HI a convaincu ses parents de la scolariser, lui a fourni le matériel nécessaire et lui a dispensé un cours de braille et d'utilisation d'ordinateurs adaptés. Elle bénéficie également d'un suivi personnel. Malika est maintenant en deuxième année à l'école. | © J. Labeur / HI

L'éducation inclusive, c'est le sujet d'un débat qui ressurgit de temps en temps en Belgique, notamment concernant l'enseignement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. La Belgique a d'ailleurs été condamnée pour manquement à l'inclusion des élèves en situation de handicap intellectuel en 2021. Le Pacte d'excellence et ses pôles territoriaux ne rassurent pas les parents qui font le pari de l'inclusion pour leurs enfants porteurs de handicap. L'école inclusive est-elle un idéal inacessible ? Pour Handicap International, c'est l'un des fers de lance de ses projets. Sandra Boisseau, spécialiste en éducation inclusive, nous explique comment l'ONG envoie plus d'élèves avec un handicap dans l'enseignement ordinaire.  

Comment Handicap International aborde la question de l'éducation inclusive ? 

Et bien, nous travaillons à trois niveaux différents. Tout d'abord au niveau de la communauté : en conscientisant les parents, les familles et l'ensemble des communautés, nous essayons de changer les préjugés envers les personnes handicapées. Nous leurs faisons comprendre que les enfants porteurs d'un handicap peuvent en effet aller à l'école et apprendre, tout comme un autre enfant. Ensuite, nous travaillons au niveau des écoles en les préparant et les rendant accessibles, notamment grâce à la formation des enseignants et des directeurs d'établissement. Enfin, nous agissons au niveau du système éducatif : comment pouvons-nous rendre l'enseignement inclusif au niveau national ?   

Vous préparez les écoles ? Comment ? 

La première étape consiste à identifier les élèves en situation de handicap. Evidemment, cela ne signifie pas de simplement cocher la case "enfant handicapé". Nous identifions leurs besoins, ce qu'il manque à l'école en question et ce qui doit changer pour que l'élève non seulement aille à l'école, mais surtout y reste. L'enfant est au centre de notre intervention, toujours. Prenez par exemple un enfant avec un handicap visuel. Nous allons d'abord aller chez un médecin et peut-être aura-t-il besoin de lunettes. mais cela n'est pas suffisant. Cet enfant a aussi besoin d'un assistant personnel qui l'accompagnera dans son apprentissage. 

Tout cela a l'air simple, mais l'est-ce vraiment ?

Beaucoup d'endroits où nous intervenons sont des zones très reculées. Au Tchad, au Burkina Faso, au Mali et au Niger, nous ne travaillons pas seulement dans les capitales, mais aussi dans des régions isolées où certains services n'existent pas. En ce qui concerne l'accompagnement individualisé, nous avons dû lancer nous-mêmes des projets pilotes. Nous faisons cela pendant un certain temps pour montrer que la méthode est efficace, qu'elle apporte de bons résultats et pour que les ministères de l'Education les examinent après 5 ou 10 ans et les intègrent dans le système scolaire.

Comment cela se passe-t-il sur le plan organisationnel ?

Nous ne travaillons pas seuls, mais la main dans la main avec des organisations locales, surtout des associations de personnes handicapées. Une formation pour les enseignants peut parfois être organisée par Handicap International, mais tout aussi bien par une organisation locale qui possède l'expertise adéquate. Nous identifions tous les partenaires potentiels pour voir quelles collaborations sont possibles. Le défi pour nous est que les principales responsabilités ne restent pas entre nos mains mais passent aux partenaires locaux et au ministère de l'Education. Ce n'est pas facile, mais important pour la durabilité du projet. C'est l'un de nos objectifs principaux. 

Voyez-vous des similitudes entre les pays où HI est active et la Belgique ? 

Quand on parle d'enseignement pour les enfants porteurs de handicap, en Belgique comme dans beaucoup de pays, on pense le plus souvent à l'enseignement spécialisé. On ne pense pas en premier lieu à une place dans l'enseignement ordinaire. L'enseignement spécialisé y est plus développé et offre donc davantage de possibilités. Le nombre d'enfants handicapés qui ne sont pas scolarisés est donc un peu plus bas en Belgique que dans les pays où intervient Handicap International. Mais les barrières contre lesquelles butent ces enfants sont exactement les mêmes dans tous les pays. Pourquoi une majorité des enfants handicapés sont-ils concentrés dans des écoles de l'enseignement spécialisé ? Dans certains cas, il y a des bonnes raisons, mais le plus souvent l'enfant est là pour de mauvaises raisons. La cause ? Une mauvais attitude à l'égard des enfants handicapés et un manque de connaissances.   .

Je parle parfois à des enseignants à et autour de Bruxelles. J'ai presque à chaque fois le même sentiment : les enseignants ont peur, parce qu'ils n'ont aucunes connaissances du handicap en général. Ils pensent immédiatement " c'est beaucoup de responsabilités." Mais nous savons tous que les enfants en situation de handicap n'ont pas tous les mêmes besoins. Au contraire. Il s'agit plus de la manière de donner cours et des outils à votre disposition. Si vous êtes bien formé, vous comprenez que c'est parfaitement possible.  

Vous devez aussi intégrer les parents des autres enfants de la classe dans le processus parce que ce sont souvent eux qui ont une attitude négative face à l'inclusion d'un enfant porteur de handicap. "Cela va faire baisser le niveau de la classe" est un argument entendu mille fois.

Cela reste dans certain cas du travail supplémentaire pour l'enseignant. Quelles sont les réponses apportées par Handicap Inernational ? 

En ce moment, nous travaillons avec des "enseignants mobiles" au Togo, Burkina Faso, Népal et Mali. Nous avons commencé avec certains enfants lorsqu'ils ont commencé leur première année primaire. Maintenant, ils vont entrer dans le secondaire. Cela montre qu'ils ont progressé. Au Togo, nous avons commencé avec un projet pilote et trois enseignants mobiles qui avaient reçu les formations nécessaires. Aujourd'hui, ils sont 35, tous payés par le ministère togolais de l'Enseignement et donc complètement intégrés dans le système éducatif du pays. Et ils sont actifs non seulement dans la région où a démarré le projet pilote, mais aussi dans le reste du pays. Beaucoup d'enfants reçoivent maintenant un soutien personnalisé grâce à ces professeurs mobiles.

Un projet durable et réussi donc ?

Absolument. La dernière fois que je suis allée au Togo, j'ai été étonnée par le fait que les enfants malvoyants qui avaient été soutenus par un enseignant mobile étaient devenus indépendants trois ou quatre ans plus tard. Ils avaient appris le Braille et pouvaient poursuivre leur parcours scolaire de façon autonome. Mais l'école a continué à travailler avec les enseignants mobiles car au fil du temps, les professeurs titulaires ont remarqué que les enfants avec des difficultés d'apprentissage - qui n'avaient pas été identifiés à l'origine comme enfants handicapés - s'amélioraient également. Une fois que la jeune fille malvoyante est devenue autonome, l'appui s'est simplement dépacée vers d'autres élèves. 

Pourquoi est-il finalement si important d'avoir des écoles inclusives ? 

Si dès leur plus jeune âge vous placez des enfants dans un système de ségrégation des écoles, une fois adultes ils ne seront pas capables de comprendre la différence. Dans les écoles inclusives, ils comprennent et acceptent beaucoup mieux les enfants différents. Pour construire une communauté inclusive, vous devez commencer par un enseignement inclusif. C'est le point de départ et c'est pour cela que c'est si important. 

 

Publié le : 27 septembre 2023

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