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Quand tombe la bombe

Mines et autres armes

Aujourd'hui, 90% des victimes des bombardements sur les zones densément peuplées sont des civils. Quel est le prix payé par la population lors des conflits aujourd'hui ? Quelles sont les solutions ?

Cet enfant a vécu les combats à Mossoul en 2017. Sur son smartphone, des photos de ses deux jeunes soeurs, décédées, après que leur maison ait été détruite par un bombardement.

Cet enfant a vécu les combats à Mossoul en 2017. Sur son smartphone, des photos de ses deux jeunes soeurs, décédées, après que leur maison ait été détruite par un bombardement. | © Martin Crep/HI

“War. What is it good for? – Absolutely nothing!" [1] Au moment de la guerre du Vietnam, on ne comptait plus les manifestations. En 1970, Edwin Starr a exprimé avec sa chanson "War" ce que des millions de personnes pensaient de la guerre. Deux ans plus tard, les images de la "fille au napalm" Phan Th? Kim Phúc faisaient le tour du monde, glaçant le sang.   

Ce qui s'est passé au Vietnam était horrible, bouleversant, terrifiant. Les armes utilisées ne faisaient aucune distinction entre les cibles militaires et les civils. Elles firent des centaines de milliers de victimes innocentes. Cinquante ans plus tard, ces armes ont été interdites, les évolutions technologiques qui se sont succédées rapidement ont également changé à jamais la façon de faire la guerre. Grâce aux armes modernes plus avancées, plus précises et plus intelligentes que jamais, les conflits font de moins en moins de victimes civiles.

Centre-ville ou champ de bataille ?

Ça, c’est en théorie. La réalité se révèle bien différente. Pendant la Première Guerre mondiale, on a estimé que 15 % des victimes étaient des civils. Pendant la Seconde Guerre mondiale : 50%. Aujourd'hui, 90% des victimes des bombardements sur les zones densément peuplées sont des civils ! Le théâtre des batailles s'est déplacé, depuis les champs près de Waterloo et les forêts de Bastogne vers les grandes villes telles que Hodeidah, Mossoul et Damas. Cette évolution s'accompagne d'un lourd tribut, payé par la population.

La peine de mort pour les civils

C'est ce qu'a démontré Handicap International dans un rapport publié cette année, intitulé « Death Sentence to Civilians : The Long-Term Impact of Explosive Weapons in Populated Areas in Yemen ». Ce rapport présentait les conséquences du bombardement de zones densément peuplées au Yémen. Soins de santé, accès à l'eau potable, sécurité alimentaire, libre circulation des biens et des personnes : autant de facteurs cruciaux pour la survie, tous anéantis par la guerre civile.

L'effondrement des infrastructures et des services a des conséquences aussi meurtrières que les bombe qui en sont responsables, avec un impact bien plus large. Les chiffres le prouvent : l’association Action on Armed Violence a enregistré près de 16 300 victimes au Yémen, entre 2015 et 2018, en raison de l'utilisation d'armes explosives. Mais la pénurie alimentaire touche au moins 16 millions de personnes. Vingt millions de Yéménites n'ont pas accès aux soins de santé. Plus de trois millions de personnes ont fui leur foyer.

Ceci n’est pas un jouet

« La violence a détruit les circuits économiques du pays, faisant du Yémen la plus grande urgence humanitaire au monde. L'héritage dévastateur de ce conflit laissera une génération entière de personnes blessées et handicapées". Thomas Hugonnier, directeur des opérations de Handicap International pour le Moyen-Orient

Thomes Hugonnier fait sans doute référence aux conséquences médicales, mais le bilan va plus loin : social, économique, psychosocial ...  Il faudra des décennies pour rétablir les infrastructures, les services et la confiance. En attendant, le manque d'électricité, de nourriture, d'eau et de transports causera énormément de souffrances, longtemps encore. Les enfants ne pourront pas aller à l'école et risquent également de confondre des munitions non explosées avec des jouets. Qui se souvient que la fille au napalm est toujours soignée pour les brûlures qu'elle a subies en 1972 ?

Dans l’attente d'une percée diplomatique

Lorsque des armes explosives à longue portée sont utilisées dans des zones peuplées, il n'y a qu'une seule conclusion possible, quelle que soit l'intention de l'attaque : les conséquences pour la population sont hors de toute proportion. Handicap International est membre du Réseau international contre les armes explosives (INEW) et participe à l'initiative de lancement de négociations diplomatiques pour interdire cette pratique. Elles auraient dû aboutir en 2020 à une déclaration politique qui protégerait mieux les civils mais ici aussi, le coronavirus a bouleversé les cartes. Nos efforts devraient être récompensés en 2021. Parce que je continue à me demander  : " War, what is it good for ? »

 

[1] Traduction : « La guerre, à quoi sert-elle ? Absolument à rien ! »

Publié le : 4 novembre 2020

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