Rwanda : 25 ans après le génocide

  • Photo en noir et blanc, un homme de 60 ans devant sa maison, appuyé sur ses béquilles. Une partie de sa jambe gauche a été amputée.

A partir du 7 avril, le Rwanda commémore le génocide durant lequel hommes, femmes, enfants ont été torurés, violés, massacrés. En trois mois, plus de 800 000 personnes furent tuées. Une violence incompréhensible qui laisse des traces indélébiles, vingt-cinq ans plus tard. 

Aujourd’hui, on estime qu’environ 29% de la population, soit près d’une personne sur trois, souffrent de troubles de stress post-traumatiques liés au génocide, et plus d’une personne sur cinq, d’épisodes dépressifs.

Handicap International (HI), qui a lancé son intervention au Rwanda en 1994, au lendemain du génocide des Tutsis, a mené son premier projet de santé mentale en 1996 en apportant un soutien psychologique aux enfants ayant perdu leurs parents. Aujourd’hui, HI accompagne toujours les victimes directes et indirectes du génocide . En 2018, plus de 5 800 personnes ont participé aux activités psychosociales afin de se libérer de leurs traumatismes.

Le "rendez-vous de la souffrance"

Durant cette période de commémoration, qui dure trois mois, HI, en collaboration avec la coordination nationale de santé mentale (Rwanda Biomedical Center – RBC),  mobilise les professionnels de la santé mentale (psychologues, etc.). L’association les prépare notamment aux interventions liées à la gestion des crises du trauma et à accompagner les victimes du génocide sur les lieux de la commémoration.  

« Souvent, dans la vie courante, le traumatisme lié au génocide est enfoui, refoulé. Durant cette période de commémoration, les souvenirs, les ressentis, les émotions, reviennent. Les victimes sont ‘au rendez-vous de la souffrance’. Pour certains, ‘ça s’écrase’. Les gens parlent, c’est très fort. Certains nous disent ‘Je n’ai pas dormi de la nuit, j’ai revu ceux que j’ai perdus, je n’ai pas pu fermer les yeux’. Ils peuvent revivre des crises de panique, la perte de leurs proches... Les séquelles sont toujours présentes. Le soutien mutuel dans cette période des souffrances est essentiel, et le partage de ressentis, très libérateur. Dans les groupes thérapeutiques, les participants se confient et échangent leurs expériences : « J’ai vécu la même situation que toi. Je vais t’expliquer ce qui m’a aidé ». C’est salvateur », explique Chantal Umurungi, référente santé mentale et soutien psychosocial pour Handicap International au Rwanda.  

Soutenir les victimes depuis 25 ans

Depuis 1996, Handicap International (HI) a accompagné plus de 25 000 personnes victimes de violences, notamment liées au génocide, et mené plus de 46.000 séances de soutien psychosocial. Aujourd’hui, l’intervention de HI évolue vers une approche de ‘santé mentale communautaire’ : l’association propose des groupes d’écoute et de partage, qui permettent aux participants de s’exprimer et de se libérer de leur détresse psychologique, en s’écoutant les uns les autres, en présence d’un psychologue ou de volontaires communautaires. Ces groupes évoluent ensuite vers des groupes d’entraide, qui permettent de mettre en place des petits projets économiques, en collectivité, avec le soutien de HI : petit magasin de légumes, élevage de bétail, etc. S’investir dans une activité économique collective leur permet de se sentir plus autonomes et de reprendre confiance en soi.

«Le génocide a entrainé des conséquences au niveau de la santé mentale, qui entrainent d’autres conséquences indirectes : consommation de drogues, pratiques sexuelles à risque, violences, conflits de couple, etc. Ce contexte appauvrit les familles et fragilise le lien social. En proposant cette approche de santé mentale communautaire, en permettant de partager les ressentis, en recréant du lien, HI veut briser le cercle vicieux de la violence et d’une santé mentale dégradée », conclut Chantal Umurungi.

Chiffres clé :

  • Suite au génocide, en 1994, Handicap International a immédiatement mené des distributions d’aide alimentaire et des projets de réadaptation auprès des victimes.
  • Depuis 1996, HI a soutenu plus de 25 000 personnes (au niveau psychosocial) en proposant près de 46 000 séances  de soutien individuel ou collectif.
  • Aujourd’hui, on estime qu’environ 29% de la population, soit près d’une personne sur trois, souffrent de troubles de stress post-traumatiques liés au génocide, et plus d’une personne sur cinq, d’épisodes dépressifs.