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COVID-19 - Notre message au Soudan du Sud : "Ne laissez personne derrière ! "

Prévention Santé Urgence
Soudan du Sud

Dans la région de Juba, au Soudan du sud, l'équipe de Handicap International a identifié plus de 5 200 personnes handicapées ou très fragiles qui ont besoin d'aide alors que le COVID-19 fait son apparition. La plupart sont des personnes déplacées qui doivent faire face à de nombreux obstacles pour rester à l'abri du virus.

Une personne handicapée dans un camp pour personnes déplacées internes à Juba au Soudan du sud

Une personne handicapée dans un camp pour personnes déplacées internes à Juba au Soudan du sud | © Dieter Telemans / HI

Environ 11 millions de personnes vivent au Soudan du Sud, et les modèles statistiques suggèrent que le coronavirus pourrait probablement atteindre plus de la moitié de la population. Dans ce pays qui ne dispose que de 24 lits en soins intensifs et d'un équipement médical très limité, il est primordial d’endiguer la propagation du virus. C’est précisément ce que les équipes de Handicap International (H.I.) s'efforcent de faire depuis le mois de mars.

La présence du coronavirus a été détectée tardivement dans ce pays d'Afrique. Le premier cas de personne infectée par le COVID-19 est apparu au début du mois d'avril. L'analyse des tendances, menée dans 45 pays africains ayant signalé des cas au 24 mars, suggère que presque tous atteindront 1 000 cas d'ici fin mai, et 10 000 cas quelques semaines plus tard. On peut donc s'attendre à une augmentation rapide du nombre de nouveaux cas au Soudan du Sud dans les 3 à 6 semaines qui suivront la fin du mois d’avril 2020. 

H.I. accompagne les personnes handicapées et les personnes déplacées vulnérables au Soudan du sud depuis 2006. Craignant le pire, les équipes de l’association ont anticipé les risques et adapté leurs activités pour prévenir la propagation du virus. 

Des conditions d'hygiène désastreuses

"Nos équipes font tout leur possible pour améliorer la réponse d'urgence du pays face au COVID-19 et protéger les personnes les plus fragiles," explique Armogast Mwasi, directeur du programme du Soudan du sud pour HI. "Du porte-à-porte chez les plus vulnérables à la coordination de groupes de travail avec les autorités sanitaires du pays, H.I. travaille à tous les niveaux. Mais la situation est compliquée."

Ici, les conditions de santé et d'hygiène sont désastreuses. 56 % de la population n'a pas accès aux services de soins de santé primaires ; sur environ 2 300 centres de santé, plus de 1 300 ne fonctionnent pas. Par ailleurs, plus de 50 % de la population n'accède pas à l'eau potable et seulement 15 % peut avoir accès à des latrines. La guerre civile ajoute encore à ce tableau déjà sombre : actuellement, 1,67 million de personnes déplacées et 279 880 personnes rapatriées vivent dans le pays.

"Même sans le coronavirus, 6 millions de personnes sont susceptibles de connaître une situation de crise ou de se retrouver en urgence alimentaire. Les communautés qui comptent un grand nombre de rapatriés et de personnes déplacées sont particulièrement vulnérables étant donné que les sources de nourriture et l’approvisionnement du marché sont déjà rares. La fermeture des points de passage frontaliers liée à la pandémie du COVID-19 engendre une pression sur les prix déjà élevés des denrées alimentaires et fait fluctuer les taux de change. Et la fermeture des entreprises considérées comme non essentielles réduit les possibilités de gagner des revenus, ce qui augmente encore la vulnérabilité de ces personnes fragiles", poursuit Armogast Mwasi.

"Ainsi, comme vous pouvez l'imaginer, ici, les conditions ne sont pas réunies pour lutter efficacement contre la propagation de la pandémie. Mais nos équipes font de leur mieux pour protéger nos bénéficiaires, les personnes handicapées et les personnes âgées, qui comptent parmi les plus exposées face au virus. Le COVID-19 ajoute encore à la crise humanitaire existante et tous les problèmes relatifs à l’accès aux soins, à l'économie, aux moyens de subsistance et à l'eau, à l'assainissement et aux conditions d'hygiène."

"Le défi pour H.I.est aussi de maintenir l'accès à l’aide pour ces personnes vulnérables, malgré les restrictions de mouvements et des attaques xénophobes et violentes, afin de répondre à leurs besoins fondamentaux et éviter qu'elles ne soient encore plus fragilisées. Nous devons leur garantir l'accès à la nourriture, aux produits d'hygiène et aux services de santé, autant que possible".

Des sessions de sensibilisation en porte-à-porte

Les activités se poursuivent donc comme auparavant dans les camps de personnes déplacées, mais Handicap International contribue en plus à la prévention au COVID-19. La sensibilisation et l'apprentissage des gestes de prévention est dispensée à chaque bénéficiaire ou groupe, et les modalités d'intervention ont été adaptées pour permettre la protection de chacun. Nous avons déjà mené 389 sessions de prévention en porte-à-porte et sensibilisé 3 110 personnes.

A cet effet, Handicap International a identifié les personnes ayant des besoins spécifiques et quels étaient ces besoins. A la fin du mois de mars 2020, le projet avait identifié plus de 5 200 personnes dans deux sites de protection des civils à Juba. Toutes apprendront à se protéger du virus, ainsi que leurs amis et leurs familles. H.I. a lancé des campagnes de sensibilisation dans ces sites dès le 1er avril.

Notre message : "Ne laissez personne derrière !"

"Ne laissez personne derrière ! Les personnes handicapées courent un risque élevé de tomber malades pendant la pandémie de COVID-19 parce qu’elles ne reçoivent pas toujours les informations nécessaires pour se protéger. Elles peuvent ignorer où et comment accéder aux services et au soutien dont elles ont besoin. Partagez toutes les informations que vous recevez avec elles et leurs aidants afin qu'ils soient bien informés". C'est l'un de nos messages clé.

27 personnes de notre propre équipe et 69 agents communautaires, dont des personnes handicapés ou âgées, des membres d’organisations de personnes handicapées, des femmes, des jeunes et des chefs religieux, ont été formés dans les sites de protection des civils gérés par les Nations unies au Sud-Soudan. Pour ce faire, depuis début avril, nous avons organisé 12 sessions de sensibilisation, chacune avec seulement 8 participants selon les mesures de distanciation sociale. Ils ont appris à se protéger et à fournir aux personnes qu'ils aident les informations utiles à la prévention. Ils ont été formés sur l'épidémie de COVID-19, son mode de transmission, les signes et symptômes et les mesures de précaution telles que l'utilisation de masques, l'évitement des poignées de main, la distanciation sociale, le lavage fréquent des mains, l'utilisation d'équipements de protection individuelle... Ils ont également appris à faire passer les bons messages concernant la protection des personnes handicapées et le fait qu’elles et leurs aidants doivent pouvoir bénéficier d'un accès égal aux soins de santé et aux services d'aide.

Atteindre le plus grand nombre de personnes possible

Sensibiliser efficacement la population et d'atteindre le plus grand nombre avec des messages pour « Rester en bonne santé », reste une préoccupation. Notre organisation a fait appel aux médias et sponsorisé une émission de radio qui a permis de toucher environ 280 000 personnes.

Avec le soutien et la contribution d'organisations de personnes handicapées, nous avons également adapté le matériel de sensibilisation au COVID-19 du groupe de travail national. Deux affiches et un script radio seront ainsi utilisés pour une large diffusion à travers tout le Soudan du Sud.

En parallèle, Handicap International assure la coordination avec les autorités nationales et les acteurs humanitaires dans trois des cinq groupes de travail qui travaillent sur lacrise du COVID-19. Dans le cadre du Pôle Santé, H.I. a également été désignée comme l'agence chef de file pour la coordination du sous-groupe sur la ligne d'assistance téléphonique nationale COVID-19 sur la santé mentale et le soutien psychosocial, et pour le groupe de travail sur le handicap.

Published on: 7 mai 2020

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