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La nouvelle résolution de l'OMS peut changer la donne au Tchad

Réadaptation
Tchad

Wilfreed est kinésithérapeute et passionné par son travail chez Handicap International au Tchad. Il est convaincu que la nouvelle résolution sur les soins de réadaptation peut faire avancer les choses.

Wilfreed est un employé de HI âgé de 28 ans au Tchad. Il a été soutenu par HI pour suivre une formation de kinésithérapeute et travaille aujourd'hui comme agent de réadaptation.

Wilfreed est un employé de HI âgé de 28 ans au Tchad. Il a été soutenu par HI pour suivre une formation de kinésithérapeute et travaille aujourd'hui comme agent de réadaptation. | HI

Il s'appelle Natoyallah Djimingaye, mais tout le monde le connaît sous le nom de Wilfreed. Ce jeune homme de 29 ans, kinésithérapeute de formation, travaille comme chargé technique de réadaptation chez Handicap International au Tchad. Il connaît donc parfaitement les lacunes de son secteur. La nouvelle résolution de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) sur la réadaptation va stimuler de nombreux changements nécessaires dans ce pays d'Afrique centrale.

"La formation des professionnels de la réadaptation au Tchad est très limitée. Pour me former, j’ai bénéficié d’une bourse d’études entièrement financée par HI pour un cursus complet de formation en kinésithérapie à la Faculté des sciences de la santé de l’Université d’Abomey Calavi du Bénin. Après mes études, en 2021, je rejoins HI en tant que chargé technique de réadaptation, rôle que j’occupe à l’heure actuelle."

Pourquoi avoir choisi la voie de la kinésithérapie ?

"Il y a deux scènes qui m’ont marqué durant mon adolescence. La première c’est celle de ma cousine Irène qui aurait eu 26 ans cette année et serait peut-être devenue kinésithérapeute, ergothérapeute ou orthophoniste si elle n’avait pas succombé aux séquelles de la paralysie cérébrale à l’âge de 18 ans par manque de prise en charge adéquate. La deuxième est celle d’un enfant de mon village natal qui a perdu la vie à l’âge de 2 ans : il était né avec une malformation congénitale et ses parents le considéraient comme une source de malédiction. J’ai choisi la voie de la kinésithérapie pour donner plus de chances à d’autres enfants d’être acceptés par leur entourage, de mieux grandir et de participer pleinement à la vie de leur communauté. Ce que j’aime le plus dans ce métier c’est le contact avec le patient : quelqu’un qui vient vers vous pour se faire soigner, qui vous fait confiance et peut compter sur vous lorsqu’il a besoin de se confier."

Quelles barrières persistent au Tchad pour l’accès aux services de réadaptation ?

"Tout d'abord, il y a un manque de sensibilisation qui entrave tout progrès vers des soins de réadaptation accessibles. On parle beaucoup des maladies infectieuses et des campagnes de vaccination, mais presque pas des maladies chroniques et de l'importance des soins de réadaptation. Trop souvent, les soins de réadaptation sont liés au handicap, alors que tout le monde aura besoin de ce type de soins à un moment ou à un autre de sa vie."

Qu'elle est la situation actuelle ?

"A ce jour, il n'existe pas de politique nationale en matière de soins de réadaptation. Handicap International a déjà contribué à un plan national, mais il n'a pas encore été approuvé. Les deux seuls centres de santé offrant des soins de réadaptation ne sont pas subventionnés par le gouvernement. Il n'existe qu'un seul centre de réadaptation public, mais il n'est pas encore opérationnel. Handicap International est l'une des seules ONG à travailler sur les soins de réadaptation dans ce pays. De plus, aucune école de formation des professionnels n’existe dans le pays. On dénombre seulement 20 kinésithérapeutes et 10 orthoprothésistes formés à l’étranger. Ces professionnels exercent en majorité à N’Djamena, la capitale, et donc le reste du pays est mal desservi. La présence de professionnels de la réadaptation au niveau hospitalier est presque inexistante, et parfois la réadaptation est mise en œuvre par d’autres professionnels de la santé qui n’ont pas eu de formation adéquate."

La résolution de l'Organisation mondiale de la santé sur les soins de réadaptation peut-elle changer la donne ?

Je crois que l’adoption de cette résolution ferait avancer nos efforts de plaidoyer pour la reconnaissance du secteur, car nos projets de réadaptation ne sauraient se pérenniser sans une implication effective et une prise en main par les structures étatiques dédiées et l’organisation mondiale de la santé (OMS). La réadaptation pourrait aussi être intégrée dans le plan national de développement sanitaire, ce qui permettrait une meilleure appropriation politique et facilitera des allocations conséquentes de ressources (matérielles, financières et humaines) au secteur. Ces ressources sont nécessaires pour relancer le centre national d'appareillage et de rééducation, créer des écoles de formation en kinésithérapie, en appareillage orthopédique, en orthophonie, etc. De plus, un appui technique de l’OMS serait la bienvenue et pourrait avoir un impact bénéfique pour le secteur. Par exemple, un référent réadaptation de l’OMS au Tchad pourrait faciliter la formation et l’échange d’expériences entre les spécialistes de la réadaptation et d’autres acteurs de la santé et appuyer le développement du secteur de façon générale.

Publié le : 30 mai 2023

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