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« C’est le moment de faire changer les choses »

Réadaptation Santé
Haïti
Gillian Fergusson est écossaise. Elle est arrivée en Haïti avec les premières équipes d’urgence de Handicap International il y a bientôt deux ans. Kinésithérapeute de formation elle a mis en place et coordonné les activités de réadaptation menées au Centre de Rééducation Fonctionnel (CRF) de Port-au-Prince. Aujourd’hui elle revient sur son expérience et sur le travail que l’association effectue au côté des familles de d’enfants handicapés.
photo d'un enfant dans un centre de revalidation

Entretien avec Gillian Fergusson – Responsable Réadaptation au Centre de Rééducation Fonctionnelle (CRF) de Handicap International à Haïti

Gillian Fergusson est écossaise. Elle est arrivée en Haïti avec les premières équipes d’urgence de Handicap International il y a bientôt deux ans. Kinésithérapeute de formation elle a mis en place et coordonné les activités de réadaptation menées au Centre de Rééducation Fonctionnel (CRF) de Port-au-Prince. Aujourd’hui elle revient sur son expérience et sur le travail que l’association effectue au côté des familles de d’enfants handicapés.

Haïti n’était pourtant pas la première mission de Gillian à l’étranger – elle avait auparavant travaillé comme kinésithérapeute en Asie du Sud Est – mais la situation à laquelle elle s’est trouvée confrontée sur l’île était tout à fait nouvelle. « Un très grand nombre de personnes venaient à nous, pour beaucoup des jeunes gens, amputés à la suite du tremblement de terre, et dans les tous premiers temps nous avons donc travaillé avec une pression énorme, simplement pour aider ces personnes à se remettre debout. »

Rapidement, Handicap a pu mettre en place des activités permettant d’aller plus loin, en aidant les victimes amputées à se reconstruisent psychologiquement et à réapprendre à effectuer les gestes du quotidien. « Avec les personnes handicapées des membres supérieurs par exemple, nous avons mis en place des ateliers où elles pouvaient s’entraîner à lacer une paire de chaussures, ou à changer la couche d’un bébé. Ca peut sembler anecdotique, mais c’est en fait extrêmement important. Cela permet aux personnes amputées de gagner en autonomie, mais également de reprendre confiance en elle. Nous faisons notamment un atelier de cuisine où les personnes travaillent leur dextérité, mais où elles discutent aussi de leur handicap en mangeant le repas qu’elles ont préparé. »

Accompagner les enfants vivant avec une infirmité motrice cérébrale

L’ouverture du Centre de Rééducation Fonctionnelle a également permis de mettre en place des activités de soutien psychosocial pour venir en aide aux enfants victimes d’infirmité motrice cérébrale et à leur famille. Des ateliers de 6 semaines ont été élaborés pour permettre aux enfants d’améliorer leur confort et leur indépendance, mais également pour permettre à leur famille de mieux appréhender leur handicap. « Le plus souvent les familles se rendent compte que le handicap est plus léger qu’elles ne l’avaient imaginé. Elles viennent pour apprendre à mieux assister leur enfant, mais il est finalement fréquent qu’elles apprennent surtout que celui-ci a en fait des capacités bien plus développées qu’elles ne le pensaient, et qu’il pourra vivre de manière relativement autonome si on lui permet d’évoluer dans un cadre adapté. »

Des objectifs sont fixés et selon les cas, les enfants peuvent travailler à apprendre à manger seuls ou simplement à se tenir assis. Ce travail est fait en étroite collaboration avec les familles, et au travers de jeux ou d’exercices de gymnastique pouvant être reproduits à la maison. Au travers de ces ateliers les familles apprennent peu à peu quelle est la véritable nature du handicap de leur enfant. Elles se rencontrent, échangent et se soutiennent. « Le fait d’offrir à ces enfants et à leur famille un espace protégé, où ils peuvent se rencontrer et discuter est en soi quelque chose d’essentiel. En plus du travail effectué par nos équipes, ce qui est important c’est que les familles puissent se rencontrer et se motiver pour ne plus subir le regard des autres et faire en sorte que les choses changent. Elles échangent des astuces, des façons de surmonter les difficultés qu’elles ou leur enfant rencontre dans son environnement. Au bout du compte, cela veut dire qu’un enfant qui était caché par sa famille pourra maintenant sortir de chez lui et participer à la vie de sa communauté. C’est quelque chose que seules les familles peuvent réaliser, mais je pense que lorsqu’on parvient à ce résultat, nous pouvons être véritablement fiers de les avoir accompagnées sur cette route. »
 

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