Accès direct au contenu

Les cicatrices invisibles du génocide des Tutsis au Rwanda

Santé
Rwanda
« Les besoins d’aide psychologique restent énormes.»  Vingt ans après, le génocide des Tutsis laisse encore de lourdes cicatrices explique Augustin Nziguheba, psychologue et expert de Handicap International dans la région.
Augustin Nziguheba, psycholoog van Handicap International in Rwanda

« Les besoins d’aide psychologique restent énormes.»  Vingt ans après, le génocide des Tutsis laisse encore de lourdes cicatrices explique Augustin Nziguheba, psychologue et expert de Handicap International dans la région.

Le Rwanda enregistre le plus haut niveau de troubles de stress post-traumatique de la région, la cause principale étant le génocide des Tutsis en 1994. Des recherches menées en 2009  ont permis d’établir que 2,65 millions de personnes au Rwanda (environ 29 % de la population) souffrent de troubles de stress post-traumatique. La santé mentale demeure donc une priorité publique dans ce petit État de l’Afrique des Grands Lacs.

Handicap International a débuté ses activités au Rwanda en 1994, au lendemain du génocide des Tutsis, avec comme mission la distribution d’aide alimentaire et la réadaptation. L’association a initié son premier projet de santé mentale en 1996. Il s’agissait de proposer un soutien psychosocial aux enfants qui avaient perdu leurs parents. Depuis ce moment, le projet Santé mentale ne s’est jamais arrêté. Aujourd’hui encore, plus de 7 000 personnes dans 5 districts différents bénéficient d’une aide psychosociale.

Des cicatrices d'une société entière

« Parmi les bénéficiaires, on rencontre des victimes directes du génocide des Tutsis, comme des veuves qui ont perdu leur famille », explique Augustin Nziguheba, psychologue et coordonnateur technique des projets de santé mentale de Handicap International au Rwanda. « Le projet cible aussi des prostituées, des orphelins qui sont chefs de famille, des femmes devenues mères suite à un viol, des femmes séropositives, des victimes de violence (sexuelle), des familles en crise à cause de la violence et de l’abus d’alcool, etc. »                                

« Les problèmes de santé mentale (très souvent causés par le génocide) ont clairement de graves répercussions sur la société. Une santé mentale dégradée peut être la cause et la conséquence de problèmes de couple et/ou familiaux, de perte de capacité de travail, d’augmentation de pratiques sexuelles à risque, de phénomènes de violence, etc. Tout ceci exacerbe la pauvreté des familles, entrave le développement communautaire et génère de nouveaux problèmes de santé mentale dans la société. Notre rôle est donc de briser ce cercle de violence et de santé mentale dégradée. »

La parole est d'or

« Le fait que les gens soient très fermés est un grand problème », poursuit Augustin. « Au Rwanda, on ne parle que très peu du passé, ni même des problèmes actuels. Je rencontre régulièrement des victimes qui ont vécu des choses horribles et qui n’ont jamais eu l’occasion d’en parler. C’est insupportable.

Handicap International organise avec ses partenaires des groupes de partage et garantit un soutien social (parfois avec des activités génératrices de revenus à vocation thérapeutique) et psychologique (par exemple des séances de thérapies individuelles menées par un psychologue de Handicap International). Grâce à la “règle de protection” qui doit être respectée par tous ceux qui participent aux groupes de parole, les victimes osent s’exprimer, souvent pour la toute première fois. Progressivement, un sentiment de confiance entre personnes – souvent inexistant auparavant – est né. Les résultats de cet accompagnement, qui peut durer des années, sont parfois étonnants. Je rencontre des bénéficiaires qui disent “J’arrive à parler aux personnes qui ont tué ma famille. »

Une commémoration délicate

« Malgré le travail de Handicap International et les efforts du gouvernement, les besoins de soutien demeurent énormes. Ils risquent d’être encore plus prégnants au moment de la commémoration du génocide des Tutsis », s’inquiète Augustin. En mettant à la disposition des autorités et de la communauté des équipes de psychologues et des agents sociaux, Handicap International et ses partenaires contribuent à appuyer la prise en charge psychologique des personnes susceptibles de se trouver à nouveau confrontées à ces événements anciens et qui pourraient en être traumatisées.

Si vous voulez en savoir plus, lisez l'interview détaillée d'Augustin :

Pour aller plus loin

Améliorer de la qualité de vie des personnes handicapées au Congo
Th. Freteur - H.I.
Prévention Réadaptation Santé

Améliorer de la qualité de vie des personnes handicapées au Congo

La détection précoce et une prise en charge de qualité permettent une plus grande autonomie de la personne à tous les stades de sa vie. Les personnes handicapées sont d’avantage défavorisées au niveau économique et social et risquent de tomber dans la pauvreté. Il n’existe pas de politique nationale facilitant l’accès aux soins de réadaptation pour les personnes handicapées.

Rendre les soins de santé accessibles à tous
© Patrick Meinhardt / HI
Droits Réadaptation Santé

Rendre les soins de santé accessibles à tous

La crise engendrée par l’expansion de COVID-19 accentue l’exclusion des plus vulnérables, déjà confrontés à des difficultés d’accès aux soins de santé. Pourtant, cette accessibilité est plus importante que jamais.

Madame Dhahobo ne laissera pas passer le virus !
© HI
Prévention Réadaptation Santé

Madame Dhahobo ne laissera pas passer le virus !

Une équipe de Handicap International rend visite à Mrs Dhahabo, une femme de caractère dans la septantaine vivant dans un camp de réfugiés au Kénya. Elle apprend aux plus vulnérables dont les personnes handicapées comme Madame Dhahobo à se protéger contre la COVID-19.