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Profession : vendeur de cacahuètes

Insertion
Vietnam
J’ai fait la connaissance de Binh au Vietnam. Mes collègues de Handicap International organisaient une réunion à Na Thrang et c’est ainsi que j’ai rencontré ce jeune homme de 35 ans, qui marchait et parlait très difficilement. Il m’a donné une carte sur laquelle son nom était écrit: “Nguyen Thai Bihn”. Celle-ci indiquait en vietnamien: “ Vente d’arachides”. J’étais curieux de savoir ce qui l’avait amené à exercer ce métier.
Binh, vendeur de cacahuètes

La vie de Binh après 'l'agent orange'

J’ai fait la connaissance de Binh au Vietnam. Mes collègues de Handicap International organisaient une réunion à Na Thrang et c’est ainsi que j’ai rencontré ce jeune homme de 35 ans, qui marchait et parlait très difficilement. Il m’a donné une carte sur laquelle son nom était écrit: “Nguyen Thai Bihn”. Celle-ci indiquait en vietnamien: “ Vente d’arachides”. J’étais curieux de savoir ce qui l’avait amené à exercer ce métier.
Binh vient d’une famille de 8 enfants, dont il est le quatrième. Tous ses frères et sœurs sont valides, mais lui est porteur d’un handicap. Les médecins vietnamiens gouvernementaux ont expliqué à ses parents qu’il s’agissait d’une des conséquences de la guerre avec les Américains. C’est-à-dire de l’utilisation intensive de la dioxine, issue de « l’agent orange ». Ce fameux herbicide est suspecté d'être la cause de malformations chez les nouveaux-nés.

Les parents de Binh sont agriculteurs et vivent essentiellement de la riziculture. Tous leurs enfants sont allés à l’école. Binh en a fait autant mais il y a beaucoup souffert car il se faisait constamment chahuter à cause de son handicap. Il a fini par rester à la maison et à aider à la ferme.

À 20 ans, Binh décide de prendre son destin en mains. Il souhaite quitter la ferme et voler de ses propres ailes. Un collaborateur de Handicap International le rencontre et s’entretient à plusieurs reprises avec ses parents. Les préjugés ont toujours la vie dure, à force de dialogue, l'équipe de Handicap International leur fait comprendre que Binh, comme tout le monde, doit avoir une chance de réaliser ses rêves et d’emprunter le chemin de l’indépendance. Les parents du jeune homme sont prêts à lui accorder cette chance.

Binh a alors reçu un million de dongs (environ 40-45 euros) du fonds des microcrédits. Avec ce capital, il a pu acheter des cacahuètes et payer ses déplacements. Notre jeune vendeur démarre ses activités dans son village, avant de les étendre jusqu’à la ville. Là-bas, les touristes sont nombreux et il peut rapidement commencer à rendre l’argent emprunté. En quelques mois, Binh a ainsi remboursé sa dette.

 
Voici comment se déroule sa journée de travail. Il achète des petits sacs d’arachides et prend le bus vers 14 h 00 pour se rendre en ville, à quelque 15 kilomètres de là. Il y vend pendant tout l’après-midi et toute la soirée, puis revient chez lui vers 22 h 00. Il continue sur ce rythme 7 jours sur 7. Entre-temps, il s’est acheté un tricycle, ce qui améliore énormément sa mobilité. Binh a épousé une jeune fille du village et le couple a une petite fille d’environ un an. La maman et le bébé se portent bien et logent chez les parents de Bihn. Pour l’instant, ils n’ont pas assez d’argent pour vivre à eux trois.

Lorsqu’il fait finalement le compte avec les frais de transport, une journée de travail lui rapporte 30.000 à 40.000 dongs (3 à 4 euros). C'est bien sûr encore très peu... Pour vous donner une idée, le prix d’un soda dans un magasin est aujourd’hui de 5000 dongs mais, pour Binh, ce revenu est un pas en avant sur le chemin qui le mène vers l’indépendance. Il a encore d’autres projets: il aimerait bénéficier d’un nouveau microcrédit pour acheter des poules et des cochons, les élever et les nourrir, afin de les revendre avec l’aide de sa femme. Une belle ambition qui lui permettra - j'espère - de s'en sortir, car la vie reste décidemment trop souvent difficile pour les personnes comme Binh.

Luc Ameloot
Visite des projets de Handicap International au Vietnam, Noël 2007

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