Accès direct au contenu

Arrêt de mort pour les armes à sous-munitions

Mines et autres armes
Le 16 février 2006, le Parlement fédéral faisait de la Belgique le premier pays au monde à interdire les armes à sous-munitions. Les armes à sous-munitions sont des armes qui libèrent jusqu'à plusieurs centaines de petites bombes (les sous-munitions) sur plusieurs hectares. En plus de frapper militaires et civils sans la moindre distinction, elles laissent un héritage mortel aux populations après le conflit, car une proportion importante de sous-munitions n'explosent pas à l'impact et constituent alors de fait des mines antipersonnel. A l'époque, certains nous disaient qu'aucun pays ne suivrait jamais l'exemple de la Belgique.
Stanislas Brabant, Unité politique de Handicap International à Bruxelles

Interview de Stan Brabant, responsable de l'unité politique

Le 16 février 2006, le Parlement fédéral faisait de la Belgique le premier pays au monde à interdire les armes à sous-munitions. Les armes à sous-munitions sont des armes qui libèrent jusqu'à plusieurs centaines de petites bombes (les sous-munitions) sur plusieurs hectares. En plus de frapper militaires et civils sans la moindre distinction, elles laissent un héritage mortel aux populations après le conflit, car une proportion importante de sous-munitions n'explosent pas à l'impact et constituent alors de fait des mines antipersonnel. A l'époque, certains nous disaient qu'aucun pays ne suivrait jamais l'exemple de la Belgique. Pourtant, deux ans et demi plus tard, après un travail acharné réalisé en collaboration avec une multitude d'acteurs du monde entier, la communauté internationale a signé ce trois décembre à Oslo un traité qui interdit les armes à sous-munitions et impose des obligations très strictes en ce qui concerne l'assistance aux victimes de ces armes. La disparition des bombes à sous-munitions applaudie par leurs victimes

Comment sommes-nous arrivés à transformer l’interdiction belge en un traité adopté par 107 Etats?

D'abord en constituant progressivement des « groupes de coopérateurs  » composés de diplomates, de militaires, d’acteurs du processus d’interdiction des mines et de personnes de terrain. Régulièrement alimentées en informations relatives à l'impact humanitaire des armes à sous-munitions,  ces personnes ont d’abord vu la nécessité d’une interdiction des armes à sous-munitions avant d’explorer les moyens d’obtenir un traité. C'est ainsi que, suite à l'échec en novembre 2006 des discussions sur les armes à sous-munitions dans le cadre de la Convention sur les armes classiques, un petit groupe d'Etats constitué sous l'impulsion de la Norvège a senti que le moment était venu de tenter quelque chose de différent pour résoudre le problème des armes à sous-munitions. Simultanément, avec nos collègues de la société civile du monde entier regroupés au sein de la Coalition contre les armes à sous-munitions, nous développions une stratégie commune, avec pour objectif d’aboutir à un traité avant la fin 2008. A l’initiative de Handicap International, un groupe de personnes directement affectées par ces armes a progressivement été intégré dans le processus diplomatique. Ce groupe s’est fait connaître sous le nom de « Ban Advocates » (Partisans de l’interdiction). 

Le travail effectué par les Ban Advocates constitue peut-être un des éléments les plus révolutionnaires du processus d'Oslo sur les armes à sous-munitions. En effet, les Ban Advocates sont devenus à ce jour des partenaires incontournables pour les Etats impliqués dans le processus d'Oslo. Prenons par exemple le Royaume-Uni, un pays qui a longtemps résisté à l'interdiction avant de faire volte-face quelques heures avant la fin des négociations de Dublin. Le 30 mai de cette année, la délégation britannique déclarait à notre grande surprise à l'issue de l'adoption du traité à Dublin, « ...par dessus tout, cette délégation voudrait rendre hommage aux victimes des sous-munitions, tant celles qui sont venues ici à Dublin que toutes les autres, aux quatre coins du monde, qu'elles représentent. En nous sensibilisant, en nous faisant tous réfléchir, puis en agissant ensemble, chacune d’entre elles a rendu un service exceptionnel à tous les citoyens du monde. Leur courage, leur joie et leur grande dignité humaine ont été extraordinaires et ne pourront jamais être oubliés par ceux qui ont eu le privilège d’en être les témoins. Ils ont été notre source d’inspiration. C’est grâce à eux que tout ceci a pu avoir lieu. » Cette déclaration venait à l'issue de deux semaines de négociations très difficiles durant lesquelles les Ban Advocates rencontraient quotidiennement les diplomates britanniques (ainsi que les représentants des autres Etats les plus réticents) afin de les convaincre de la nécessité d'un traité fort.

Que retenir de cette expérience?

Que quelques individus déterminés et bien documentés peuvent éliminer à jamais une arme barbare. Il y a onze ans, beaucoup nous disaient que nous ne pourrions jamais rééditer l'expérience de l'interdiction des mines antipersonnel, encore moins avec les sous-munitions, une arme dont plusieurs milliards d'exemplaires sont dans les stocks des armées de la planète. Pourtant, nous sommes en train d'y parvenir grâce au soutien de l'opinion et au courage de quelques décideurs, en Belgique et ailleurs, qui se reconnaîtront peut-être dans ces lignes.

Signé aujourd’hui à Oslo, le Traité d’Interdiction des armes à sous-munitions est révolutionnaire car il s’est construit sur la rencontre et l’écoute réciproque entre la communauté internationale et des personnes affectées par une arme. Des organisations comme Handicap International ont fait le maximum pour faciliter cette rencontre et éviter qu’elle ne soit parasitée par les pressions politiques et le ronronnement diplomatique. Pourtant, le travail ne fait que commencer si nous voulons que le Traité d’Oslo se traduise réellement en progrès sur le terrain, au sein des communautés affectées. 

En ce 3 décembre, Journée internationale des personnes handicapées et onzième anniversaire du Traité d’interdiction des mines, Handicap International appelle tous les Etats de la planète à signer le Traité d’Oslo. Nous appelons en particulier la Finlande, la Grèce, la Pologne, la Slovaquie, l’Ukraine et la Turquie à rejoindre le reste de la communauté internationale et à renoncer à tout jamais à cette arme barbare.

Par Stan Brabant, responsable de l’Unité Politique de Handicap International

Pour aller plus loin

Yémen, toute une génération blessée à vie Mines et autres armes Réadaptation Urgence

Yémen, toute une génération blessée à vie

Depuis le début du conflit au Yémen, Handicap International a pris en charge plus de 3 000 victimes d’armes explosives, dont 850 victimes de mines et de restes explosifs de guerre. Presque tous présentent des handicaps résultant de leurs blessures et auront besoin d’un suivi spécifique à vie. L’association est profondément préoccupée par les obstacles multiples aux interventions humanitaires et à l’accès aux populations. Thomas Hugonnier, directeur des opérations pour l'organisation au Moyen-Orient, témoigne de la situation dans le pays.

Laos : deux victimes de sous-munitions témoignent
© N. Lozano Juez / HI
Mines et autres armes

Laos : deux victimes de sous-munitions témoignent

Ils vivent dans le même village. Ils ont tous les deux été touchés par l'explosion d'une sous-munition. Kua Tcho Tor d'abord et, 30 ans plus tard, Chue Por Vang.

Dépollution au Laos : les équipes de déminage ne lâchent rien !
© N. Lozano Juez / HI
Mines et autres armes

Dépollution au Laos : les équipes de déminage ne lâchent rien !

Au Laos, Handicap International poursuit ses interventions afin d’éliminer la menace et de réduire le risque humanitaire et socioéconomique que les restes explosifs de guerre font aujourd’hui encore peser sur les populations du pays.