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S’évader de sa prison émotionnelle

Mines et autres armes
Handicap International travaille dans différents pays afin de soutenir les personnes en situation de handicap. Beaucoup sont devenues handicapées après un accident, par exemple suite à l’explosion d’une mine ou une sous-munition. Un tel accident est pour les victimes une expérience potentiellement traumatisante. « Les personnes qui ont un trauma trouvent dans une prison émotionnelle » explique Norbert Häberlin, un psychothérapeute qui a collaboré avec Handicap International à de nombreuses reprises.
Le groupe des Ban Advocates au Laos, lors d'une session d'information

Handicap International travaille dans différents pays afin de soutenir les personnes en situation de handicap. Beaucoup sont devenues handicapées après un accident, par exemple suite à l’explosion d’une mine ou une sous-munition. Un tel accident est pour les victimes une expérience potentiellement traumatisante. « Les personnes qui ont un trauma se trouvent dans une prison émotionnelle » explique Norbert Häberlin, un psychothérapeute qui a collaboré avec Handicap International à de nombreuses reprises.

Depuis 2009, Norbert Häberlin suit le groupe des Ban Advocates. Ce groupe est constitué de victimes de sous-munitions qui appellent les Etats à rejoindre la Convention d’interdiction des armes à sous-munitions et à investir dans l’aide aux victimes et dans le débombage. Par le passé, Norbert Häberlin a travaillé à de nombreuses reprises avec des victimes de violences sexuelles et des enfants-soldats.

Norbert Häberlin a réalisé des ateliers avec les Ban Advocates en juin 2009 en Allemagne et en Novembre 2010 au Laos. En mars-avril 2011, il était de retour au Laos pour donner aux Ban Advocates un soutien psychosocial. En plus de ce soutien, il a organisé plusieurs formations pour les professionnels qui suivent les victimes d’accidents de sous-munitions. Les Ban Advocates ont réagi de façon très positive aux ateliers. Tous les participants ont expliqué que, par la suite, ils avaient repris davantage confiance en eux.

« Les Ban Advocates doivent sans cesse raconter ce qui leur est arrivé, à des journalistes par exemples. Ce n’est pas évident. A travers des ateliers, je veux qu’ils puissent parler plus facilement de leur expérience, sans devoir ressentir à chaque fois la même douleur. L’objectif est qu’ils puissent trouver une place à cet événement traumatisant, et le considérer au même titre qu’un autre événement de leur vie » explique le psychothérapeute.

Ce n’est pas seulement l’accident lui-même qui peut être traumatisant, mais également ses conséquences. La vie de la victime s’en trouve complètement bouleversée. Soit la personne ne peut plus s’occuper de sa famille et s’en sent coupable. Ou encore il s’agit d’un enfant qui a joué innocemment dans un champ, qui a perdu sa jambe à cause de l’explosion d’une sous-munition et qui le jour suivant est accusé de ne pas avoir été assez prudent. Les réactions de l’entourage sont cruciales dans la façon dont les victimes vont gérer les séquelles de leur accident. « Les victimes sont comme enfermées dans une prison émotionnelle. Je les aide à trouver la porte et la clé pour s’en évader. Une clé différente pour chacun d’entre eux. »

Norbert Häberlin a dirigé différents ateliers pour les Ban Advocates, durant lesquels il commence par donner des explications théoriques sur les traumatismes. « Ils ont ainsi une meilleure compréhension de leur propre expérience et de leurs réactions. » La partie théorique est ensuite suivie de discussions. « Ces échanges entre personnes qui ont subi la même expérience sont intéressants. Elles peuvent en parler plus facilement. »

Selon Norbert Häberlin, la plupart des  victimes n’ont pas besoin de suivi plus approfondi. Cela vaut pour les Ban Advocates, mais aussi pour les victimes d’un traumatisme en général. « Une étude sur les victimes de violences sexuelles a montré que seulement 10% d’entre elles avaient besoin d’un traitement à plus long terme. La plupart apprennent d’elles-mêmes comment gérer au mieux ce traumatisme. C’est le cas quand leur entourage offre un soutien adéquat. Il est donc important d’accorder de l’attention à la famille et à l’entourage direct de la victime. »

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