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Ebola : le combat n'est pas encore gagné

Urgence
Sierra Leone
Rentrée de Sierra Léone, où elle coordonnait les opérations d’urgence menées par Handicap International, Nathalie Derrien revient sur son expérience et sur la situation du pays aujourd’hui encore le plus touché par l’épidémie.
un mur bleu à Freetown, avec des slogans comme "Ebola stops with me"

Rentrée de Sierra Léone, où elle coordonnait les opérations d’urgence menées par Handicap International, Nathalie Derrien revient sur son expérience et sur la situation du pays aujourd’hui encore le plus touché par l’épidémie.

Qu’est-ce qui vous a poussée à vous engager sur cette urgence humanitaire ? Cette crise fait peur à beaucoup, les candidats au départ sont assez peu nombreux… 

Je suis partie parce que je pensais pouvoir mener à bien la mission proposée, mais j’avais aussi une forme de curiosité. J’avais envie de comprendre ce qu’il se passait réellement sur place. C’est vrai qu’il y a beaucoup d’inquiétude, je l’ai particulièrement ressenti avant mon départ, mais paradoxalement, j’ai trouvé que la peur était beaucoup moins présente là-bas, dans les pays touchés par l’épidémie. Au quotidien, ce que l’on ressent ce n’est pas tant la peur que la très forte contrainte sociale. L’impossibilité pour les habitants de mener une vie normale parce qu’il faut respecter des protocoles sanitaires très stricts, limitant les contacts et les déplacements. Dans mon environnement immédiat au moins, je n’ai jamais rencontré de psychose vis-à-vis d’Ebola ce qui permet de travailler sereinement.

Vous étiez sur place lorsque, pour la première fois depuis le début de l’épidémie, les statistiques ont montré un net recul du nombre de nouvelles contaminations. Est-ce que cela vous a amené à changer votre façon de travailler ?

Ces nouvelles ont fait beaucoup de bien à tout le monde, elles sont porteuses d’espoir, et les habitants des pays touchés en ont besoin. Après presque une année de sacrifices, ils sont soulagés de voir que leurs efforts finissent par payer. Mais en Sierra Léone, le nombre de cas est encore trop élevé pour modifier significativement notre action. Nous participons actuellement à la campagne de sensibilisation réalisée dans tout le pays pour faire en sorte que les messages de prévention atteignent bien tout le monde. Nos messages ciblent particulièrement les personnes socialement isolées, vivant avec un handicap, ou ayant d’autres spécificités qui les auraient jusqu’ici empêchées de recevoir correctement l’information. Ces personnes présentent un risque encore élevé d’être contaminées et ce n’est pas le moment de ralentir la prévention. Tant que le nombre de cas ne sera pas tombé à zéro, le combat n’est pas gagné. La mobilisation doit rester totale.

Que retenez-vous de votre expérience sur place ? Votre travail a-t-il été différent de ce que vous avez pu faire sur d’autres urgences humanitaires ?

Ce que je retiens c’est la sérénité et le sérieux dont fait preuve la population pour faire face à un défi aussi immense. On a beaucoup parlé des incidents entre des communautés et les équipes d’intervention, dont certains ont été dramatiques, mais on a finalement peu souligné le fait qu’une majorité de la population fait face avec beaucoup de courage. C’est une situation très particulière dans laquelle il faut à la fois mettre en place une réponse massive et extrêmement contraignante, tout en évitent de générer de la panique ou des émeutes.

A un niveau plus personnel, ce qui a été différent de mes précédentes expériences, c’est de travailler sur quelque chose qu’on ne voit finalement pas. Nous voyons les combinaisons, les points de contrôle, on sent que l’épidémie est là, mais malgré tout, la vie continue. Sous contrainte, mais elle continue. « L’ennemi » est ici, mais en même temps il n’est vraiment visible nulle part. Nous travaillons en nous basant sur des indicateurs qui nous informent de l’évolution d’un mal qui ne se manifeste que très peu autour de nous.

Comment s’est passé votre retour en France ?

Très bien. C’est une mission fatigante, et je vais être contente de pouvoir souffler un peu. Mes proches m’accueillent chaleureusement et comprennent bien que je ne suis pas un danger pour eux. Ils savent que tant que je n’ai pas de symptômes, je ne peux pas être contagieuse. Et puis le risque d’être contaminée, pour une personne expatriée ne travaillant pas au contact direct de malades, est très limité. Au-delà de ça, je retrouve des habitudes que j’avais oubliées, comme celle de faire la bise à des collègues et des amis. Il y a bien deux mondes, mais la transition se fait très bien.

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